Gilets jaunes : Rendez-vous manqué à Toulouse. Le mouvement refleurit…

Le jaune refleurit en cette fin du mois de janvier... photo Ph.-M.

« Ma porte reste ouverte« , a lancé samedi le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc aux Gilets jaunes, après l’annulation d’une rencontre prévue… Alors que le mouvement a semblé reprendre des couleurs (au singulier, en fait) ce week-end.

Le jaune refleurit sur le bitume… Photo Ph.-M.

« Un groupe de Gilets jaunes avait demandé lundi dernier par les réseaux sociaux à me rencontrer, et ce sans poser de conditions. J’avais accepté immédiatement et sans condition. Mes collègues Elisabeth Toutut-Picard, Jean-Luc Lagleize et Jean-Jacques Bolzan étaient d’accord pour y participer… » soulignait M. Moudenc dans un  communiqué. Rendez-vous avait donc été fixé pour samedi à 10h

Pas de dialogue filmé…

Mais les Gilets jaunes ont ajouté une condition à la rencontre : que celle-ci soit filmée en direct. « Ce que nous avons refusé, précise le maire de Toulouse : On ne peut s’écouter et se comprendre, éventuellement aller vers la position de l’autre, lorsqu’on se parle sous l’œil d’une caméra qui fige souvent les positions. »

Jean-Luc Moudenc précise que « depuis longtemps, des dizaines de délégations de citoyens sont reçues chaque semaine en mairie pour échanger sur des sujets très divers. Jamais aucune d’entre-elles n’a exigé que ces rendez-vous soient filmés ; et il n’est pas question de créer un précédent. »

Résultat prévisible, face à ce refus, les Gilets jaunes ont décidé d’annuler la rencontre. « Nous regrettons cette attitude car nous voulons un dialogue vrai et libre, non instrumentalisable. C’est dans cet esprit que nous restons à disposition de tout groupe de Gilets jaunes désireux de dialoguer avec nous. Ma porte reste ouverte », a déclaré Jean-Luc Moudenc.

Cette obsession de filmer les discussions, entre simple méfiance et complotisme exacerbé, constitue sans doute l’une des grandes faiblesses du mouvement des Gilets jaunes. Comme on l’avait déjà constaté lors de dialogues avortés avec le gouvernement… Mais montre aussi à quel point la parole politique est désavouée auprès d’une grande partie de la population. Et ce ne sont pas les dialogues contrôlés entre Emmanuel Macron et des assemblées de maires, comme à Souillac (Lot) qui permettra de faire évoluer les mentalités.

Mobilisation et incidents

Participer aux Européennes, un piège. Photo Ph. M.

Toulouse, où la préfecture a évoqué « plusieurs milliers » de manifestants ce 26 janvier (Plus de 10 000 selon les observateurs. Ils étaient 5 000 à Bordeaux, autre fief), est une des places fortes de la mobilisation des Gilets jaunes (voir le récit d’Actu Toulouse). Et l’acte XI de ce week-end l’a confirmé (*). Tandis que se poursuit un Grand débat qui ne leurre que ceux qui le veulent bien, le mouvement hétéroclite ne lâche rien. Et samedi, plusieurs rond-points qui avaient été délaissés ces dernières semaines ont vu le retour des ralentissements et bon nombre de pare-brise ot vu refleurir la fleur jaune de la contestation…

Dénonçant un Grand débat seulement destiné à « gagner du temps », Eric Drouet, l’un des pionniers du mouvement a par ailleurs incité Ingrid Levavasseur (autre figure emblématique) de retirer les mots gilets jaunes du mouvement qu’elle souhaite engager dans les élections européennes. Sans doute Drouet a-t-il senti le « piège » que constituerait une telle candidature.

D’une part parce qu’elle ferait la part belle au mouvement LREM en venant labourer sur les terres de ses différentes oppositions. Ce qui serait tout de même un comble. D’autre part, parce que l’opportunisme apparaît évident lorsqu’il s’agit d’élections européennes, alors que les préoccupations des Gilets jaunes sont, depuis le début du mouvement, spécifiquement hexagonales…

Et ça continue !

On le voit, l’unité demeure étrangère au mouvement qui anime la France depuis bientôt trois mois. Quoi qu’il advienne, les Gilets jaunes ont le mérite d’agiter un pays engourdi et sans imagination. Rien d’étonnant à ce que l’Occitanie, terre de révoltes, fasse partie des régions fortes du mouvement. Avec ce samedi de nombreuses manifestations (à Montpellier, Sète…) mais aussi vendredi soir devant la maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne) où sont incarcérés des Gilets jaunes et des manifestations aux péages de Narbonne et Rivesaltes, notamment…

Philippe MOURET

(*) Bilan actualisé, publié ce dimanche matin par la préfecture, après les incidents du samedi 26 janvier : 3 blessés légers parmi les forces de l’ordre,
1 blessé léger parmi les manifestants,
31 personnes interpellées
dont 28 toujours en garde à vue.

Aides aux commerçants :

TOULOUSE : Annoncé le 12 janvier dernier, le plan de soutien municipal aux commerçants et artisans dont l’activité est sévèrement impactée par les mouvements sociaux de ces dernières semaines, a été finalisé le 22 janvier au cours d’une réunion de travail avec les acteurs économiques mobilisés : la Fédération des Associations de Commerçants de Toulouse accompagnée de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse, de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne, le Medef31 et la Cpme31. Voici les mesures annoncées :

  • 1. Exonération des droits de terrasse sur l’ensemble du territoire communal pour une période de trois mois;
    2. Exonération des droits de place pour les commerçants de tous les marchés de plein vent, marchés spécialisés, brocantes et des 3 marchés couverts du territoire communal pour une période de trois mois ;
    3. Exonération des droits de place pour les manèges et les vendeurs de marrons chauds dans le centre-ville pour une période de trois mois ;
    4. Exonération des droits de place pour les commerçants du marché de Noël de la Place du Capitole ;
    5. Exonération des droits de place des taxis pour une période de trois mois ;
    6. Exonération des droits de places des commerçants souhaitant faire une opération commerciale de type « déballage » devant leur commerce dans la limite de 3 opérations de 6 jours en 2019 ;
    7. Organisation d’une braderie sur 3 jours, au printemps, avec reconduction d’une gratuité de 3 heures dans les 16 parkings du centre-ville (proposition inscrite au prochain Conseil de Métropole du 14 février) ;
    8. Organisation par les commerçants d’une soirée en nocturne, les  Noctansoldes, durant les soldes d’été ;
    9. Mise en œuvre d’un plan de communication en faveur du commerce du centre-ville.