Foot et BD (4) : Le «swinging football » d’Outre-Manche

Roy Race, star des Melchester Rovers, un look 70s our une carrière exceptionnelle !

Les footballeurs ont souvent été les héros de récits dessinés destinés aux garçons Outre-Manche. C’est dans les années 50 et 60 que les footballeurs de papier arrivent au premier plan, faisant de l’Angleterre le pays du foot en petit format. Le plus populaire de ces héros a pour nom Roy Race et il évolue sous les couleurs des Melchesters Rovers.

Roy of the Rovers fait sa première apparition en 1954 dans le magazine Tiger avant de déployer ses talents dans une revue à son nom jusqu’en… 2001 ! Si Roy fait preuve d’une longévité digne d’un Roger Milla, il n’est pas le seul à briller dans les cases britanniques des revues Tiger et Scorcher en particulier. D’autres champions traverseront d’ailleurs le Channel pour investir les pages des petits formats français tels que En Piste ! (de 1978 à 1991, Aventures et Voyages) ou Trophée (de 1971 à 1990, Mon Journal).

Petits formats et BD pour tabloïds

Hamish Balfour, Roy Race, Romano et d’autres stars du foot-BD britannique sont ici réunies

Etrange galerie de champions qui réunit le géant écossais Hamish Balfour aux shoots meurtriers (Hamish la Foudre), Romano le jeune gitan aux pieds nus, Lawrence Lawrence, surnommé « Trois Pommes », jeune orphelin chétif et colérique mais surdoué, Billy Dane aux chaussures à crampons magiques ou Phil Grey et Cosmo Kent, mercenaires du foot sous le modeste pseudonyme de « Les gagneurs de matches ».

Le tabloïd The Sun a même tenté l’expérience et pris le relais de ces revues bon marché, avec la parution quotidienne de Striker, par Pete Nash. Avec un graphisme numérique peu engageant, il faut bien le dire, mais un regard assez cru sur les réalités du star-system dans le football britannique, les WAGS (surnom pour désigner les femmes de footballeurs), l’argent des émirats, etc (@TheSun_Striker sur Tweeter). Le héros Nick Jarvis connaîtra de nombreuses péripéties, entre ses débuts en 1985 et jusqu’en 2016, avec quelques éclipses.

Merchandising digne d’une star du PSG

Historiquement, dès les années 1920 et 30, le football faisait partie des thèmes privilégiés de la littérature destinée aux jeunes garçons en Grande-Bretagne. Mais c’est dans les années 50 et surtout 60 que le foot va offrir aux jeunes lecteurs tout un effectif de champions. L’univers décrit par les auteurs anglais est moins lisse que celui si cher à un Raymond Reding (voir notre article précédent, en cliquant ICI).

Pour son Annual 1980, victoire en Cup pour Roy of the Rovers !

Magouilles, dopage, tricheries, violence, trahisons sont le lot coutumier de la plupart de ces séries qui n’ont pourtant jamais atteint le grand public, demeurant cantonnées aux magazines en petit format trop souvent méprisés par le public du « 9e Art. », à tort bien souvent (*1)

Mais le seul à posséder sa propre page Facebook (y accéder en cliquant ICI), à avoir donné son nom à un jeu-vidéo chez Eidos (Championship Manager, Roy of the Rovers édition ; 1997) et à générer un merchandising digne d’une star du PSG est un blondinet à la carrière à rallonge : Roy Race, évoluant sous la tunique rouge et or (encore!) des Melchester Rovers. Roy apparaît en 1954 dans les pages de Tiger Magazine avant de poursuivre des aventures dans un magazine à son nom. Et Le très sérieux quotidien britannique The Guardian a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à ses soixante ans de carrière en 2014 ! (accessible en cliquant ICI).

Star du foot et des comics

Son nom est même devenu une expression fréquemment utilisée par les commentateurs sportifs britanniques pour décrire une situation exceptionnelle ou un résultat particulièrement surprenant, en référence aux multiples tribulations connues par le footballeur imaginaire à la crinière blonde. Car le héros est beaucoup moins lisse que ses rivaux franco-belges. Roy a été kidnappé à plusieurs reprises, s’est marié en 1976 avec la belle Penny, aurait reçu trois cartons jaunes tout au long de sa carrière (si l’on en croyait le site royoftheroversstoryk.blogspot.fr), joué sous les couleurs de l’Angleterre et marqué près de 500 buts. Il a même été la cible d’un attentat qui a failli lui coûter la vie en 1981 et il faudra un terrible crash d’hélicoptère pour mettre un terme à sa carrière. Sa vie (si, si…) a fait l’objet d’un livre : Roy of the Rovers : a biography, par Mick Collins (2008, Aurum).

Parlons BD, quand même ! Car Roy Race est passé entre les mains de plusieurs pointures du comics britannique. Barrie Mitchell a été l’un des derniers à lui donner vie, mais avant lui d’autres as britianniques de la planche à dessin se sont succédé. Sur des scénarios du créateur de la série, Frank S.Pepper, il y a d’abord eu Joe Colquhoum -bien connu pour sa série La Grande Guerre de Charlie (plusieurs albums en France aux éditions Delirium)- ou Rob Davis, par ailleurs auteur de nombreux comics pour Doctor Who Magazine.

Icône de la pop-culture

Paul Trevillion, considéré comme l’un des plus grands illustrateurs de sport outre-Manche (il a notamment fait l’objet d’une grande exposition retrospective au National Football Museum de Manchester en juin 2016) a également animé les aventures du blond Roy au milieu des années 60. Il comptait alors parmi ses fans l’ancien footballeur Alf Ramsey qui, devenu sélectionneur, mènera l’Angleterre jusqu’à la victoire dans la Coupe du Monde de 1966, et qui n’était pas avare de conseils à Trevillion sur la manière de rendre les attitudes de son héros plus réalistes. Yvonne Hutton, David Sque ont également dessiné des épisodes de la série dans les années 70.

Méconnu en France, Roy Race est une véritable icône de la pop-culture en Angleterre, au même titre que les véritables stars du football. Il est vrai que sa carrière, émaillée de nombreuses victoires, déceptions puis retours au premier plan est sans doute la plus brillante de l’histoire du football britannique avec entre autres neuf titres nationaux de Premier League, huit Cups et trois Coupes d’Europe. Un éditeur curieux se décidera-t-il un jour prochain à faire découvrir aux Froggies ce champion exceptionnel ? Et pourquoi pas quelques autres stars du foot de la BD anglaise !?

Philippe MOURET

(*1) Pour tout savoir se reporter au livre Football’s comic book Heroes -the ultimate fantasy footballers– par Adam Riches, avec Tim Parker et Robert Frankland ; 2009, Mainstream Publishing)

 

Pilar Santos, petit Frenchy : Parmi tous ces héros venus de la Perfide Albion, Pilar Santos fait figure d’exception. Produit purement français, comme son nom ne l’indique pas, il est le héros principal de la revue Olympic (1964 à 1967, éd. Aredit, ex-Artima) pour les vingt numéros de la deuxième série de ce magazine. Le brun et fougueux joueur d’origine argentine lutte pour mener son équipe jusqu’aux Jeux Olympiques malgré de multiples embûches sur le terrain et au dehors… La série sera interrompue en 1969. Créé par Robert Giordan (dessinateur de Vigor et frère de Raul, auteur de Météor) Pilar Santos sera ensuite repris par Robert Hugues (surtout connu pour ses BD érotiques sous le pseudonyme de Mancini) qui en réalisera 12 épisodes. Toujours dans Olympic (n°28, 1960), la série L’indien Suarez consacrera une des aventures de ce détective multi-sportif à une enquête dans le milieu du football sud-américain. l’action débute par un match Uruguay-Argentine.., 

Retrouvez toutes les autres chroniques Foot et BD en cliquant ICI