Érosion : En Languedoc, les dunes veulent sortir la tête de l’eau

Le littoral de L'Espiguette et du Grau du Roi (Gard). Photo : EID Méditerranée.

Le recul des plages est un fléau dans la région. À l’image des Orpellières, des associations militent pour une meilleure prise en compte du cordon dunaire qui est une protection mais subit les assauts de l’artificialisation des sols. Une étude inédite montre l’ampleur des dégâts en Méditerranée française.

L’érosion. Le vacancier n’y songe pas, heureux qu’il est de fouler plages et dunes brûlantes languedociennes plutôt que le macadam. L’élu local, lui, y pense tous les jours. Pour autant, il y a urgence à sensibiliser tout le monde sur ce sujet majeur en Méditerranée. La France n’échappe pas à l’érosion des plages, un phénomène inquiétant, dont certaines réussites – comme l’opération reconquête à Sète – ne peuvent pas masquer une triste réalité.

26 % du linéaire méditerranéen en danger ou vulnérable

Le constat est sans appel. « Sept des neuf écosystèmes constituant les cordons dunaires et rivages sableux méditerranéens, représentant environ 26 % du linéaire méditerranéen en France, dont la Corse, sont évalués en danger ou vulnérable », indique le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN (1) selon les résultats d’une étude inédite menée avec l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN). « Le bassin méditerranéen constitue l’un des 36 points chauds de la biodiversité dans le monde, où la biodiversité est particulièrement riche, mais aussi particulièrement menacée ».

190 000 oiseaux, Camargue, étangs palavasiens, Sète…

Or, justement ces dunes et plages sableuses « limitent l’érosion et le recul du trait de côte » en France, tout en accueillant de nombreuses espèces, notamment des oiseaux migrateurs : la Camargue et les étangs palavasiens, à côté de Sète, « rassemblent près de 190 000 oiseaux ». Cette région accueille aussi « l’unique zone de nidification en France du flamand rose et plus de 80 % de la population française de la sterne naine ». comme le confirme l’évaluation réalisée dans le cadre de la Liste rouge des écosystèmes en France.

L’idée, c’est de donner aux élus des clefs de compréhension ; il faut leur faire comprendre qu’une dune ça vit. Et qu’ils soient autant focalisés sur la biodiversité que sur la plage elle-même »

Yann Geshors, président des Orpellières

 

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Président de l’association Orpellières, Yann Geshors ne dit pas autre chose. Il vient de déposer un modeste dossier dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie. « On demande à peine 3 000 € mais c’est un projet important. » Il consiste à sensibiliser sur le terrain en y faisant venir les usagers de la plage et les élus au fonctionnement d’une plage. Les équiper de jumelles, par exemple, au cours d’ateliers in situ. Pour rendre la problématique plus palpable : « Ce sont eux qui votent les budgets et qui sont à même de mieux protéger les cordons dunaires… »

« Mettre davantage de moyens dans la protection des plages »

Les bénévoles de l’associations Orpellières. DR.

Ce seront de simples balades instructives pour un problème compliqué. « L’idée, c’est de leur donner des clefs de compréhension. Certes, il y a la faune et la flore. Mais il faut leur faire comprendre qu’une dune ça vit. Et qu’ils soient autant focalisés sur la biodiversité que sur la plage elle-même. » Exemple parmi tant d’autres : dans une zone Natura 2000, laisser son chien en liberté est une hérésie et un danger pour les oeufs et les oiseaux qui y nichent. « Nous voulons aussi promouvoir le vivre-ensemble. » Avec, en finalité, que les élus « mettent davantage de moyens dans la protection des plages ». Yann Geshors propose ces actions de sensibilisation sur le littoral biterrois. « Je crois aux petits réseaux. Seul, on va plus vite mais ensemble plus loin, comme le système du colibri », formule-t-il.

Des causes multiples au recul du trait de côte

Ports, digues, routes… Cette toute première évaluation de l’état de dégradation des littoraux sableux méditerranéens en France révèle combien ces écosystèmes ont été profondément affectés et fragmentés par l’artificialisation du littoral depuis les années 1960. Les résultats soulignent également les impacts actuels de la surfréquentation touristique et de la modification de la dynamique sédimentaire littorale à l’échelle de la façade méditerranéenne, qui aggravent les phénomènes d’érosion des côtes.

Les causes, elles, sont connues. Le rapport en fait état. « Si la construction d’infrastructures littorales visant à limiter l’érosion (digues, enrochements, épis, brise-lames, etc.) peut permettre de stabiliser localement le rivage, leurs effets à plus ou moins long terme sont très aléatoires. Ces infrastructures peuvent en effet piéger une partie des sédiments transportés par la dérive littorale ou renforcer la turbulence de l’eau et l’enlèvement du sable à leur pied. La présence d’ouvrages gagnés sur la mer, notamment d’infrastructures portuaires, perturbe également la dérive littorale. Or, 24 ports et plus de 250 ouvrages ont été construits rien que sur le littoral languedocien depuis les années 1960, et plus de 110 ouvrages sur les côtes camarguaises. »

Les dunes blanches sont en danger ; de nombreuses dunes blanches ont disparu au profit d’une urbanisation directement en haut de plage, en particulier sur le littoral du Golfe du Lion »

L’impact de ces infrastructures s‘ajoute à un contexte global de réduction des apports de sédiments par les fleuves côtiers, à la fois du fait de la moindre capacité des cours d’eau à transporter les sédiments (endiguements, barrages), de la diminution des fortes crues (sortie du « petit âge glaciaire », avant les premiers effets des changements climatiques actuels) et de la plus faible érosion dans les bassins versants (reforestation). Enfin, « nombre de plages sableuses sont aujourd’hui adossées à des infrastructures (parkings, routes, lotissements, etc.), ce qui les empêche, ainsi que les éventuels cordons dunaires qui leur sont associés, d’accompagner le recul du trait de côte. »

Le littoral de Carnon, vu du ciel. Photo : EID Méditerranée.

Ce n’est pas tout. « Les dunes blanches méditerranéennes sont évaluées En Danger (EN) et constituent l’écosystème le plus menacé des côtes sableuses méditerranéennes en France (2). De nombreuses dunes blanches ont en effet disparu au profit d’une urbanisation implantée directement en haut de plage, en particulier sur le littoral du Golfe du Lion », explique le rapport. De plus, la plupart des dunes qui n’ont pas été artificialisées sont aujourd’hui adossées à des infrastructures (routes, parkings, zones urbaines, etc.) qui bloquent totalement leur mobilité. » Or, une dune vit qu’en se déplaçant et en se rechargeant. « Le piétinement engendré par la fréquentation touristique en période estivale déstabilise également l’organisation des espèces animales et végétales de la dune et accélère l’évacuation du sable par le vent. »

De l’importance des laisses de mer

Comme l’explique Aurélien Carré, chargé de mission liste rouge des écosystèmes à l’Union internationale pour la conservation de la nature, « longtemps ces espaces de laisses de mer, partie transitoires entre mer et dunes, n’ont pas été considérés à leur juste importance. C’est cette partie devant les plages qui recueille naturellement les déchets, organiques, des bois flotté et, bien sûr, des déchets d’origine humaine, dont beaucoup de plastiques. Cette partie de plage joue un rôle important pour la préservation des dunes. Il faut donc y privilégier un ramassage sélectif et manuel. Et aller plus généralement vers une utilisation des plages mieux partagée et respectueuses. »

Cette problématique est à sérieusement considérer : l’érosion va s’accentuer fortement au cours des prochaines années, « d’autant que les pratiques de ramassage des laisses de mer participent à l’accélération de l’érosion. Le passage des engins de nettoyage, souvent des tracteurs, réalisé de manière quasi systématique sur de nombreuses plages méditerranéennes, supprime l’unique source de matière nutritive des espèces animales et végétales inféodées aux laisses de mer végétalisées et affecte directement leur habitat, en particulier celui des invertébrés enfouis dans le sable et dont les populations montrent d’importants déclins. Les dunes embryonnaires, dont la formation repose sur l’accumulation de sable en haut de plage, sont, elles aussi, menacées par l’érosion côtière ».

Olivier SCHLAMA

  • (1)  Le comité français de l’UIGN est le réseau des organismes et des experts de l’Union internationale pour la conservation de la nature en France. Il regroupe deux ministères, huit organismes publics, 42 organisations non-gouvernementales, ainsi qu’un réseau d’environ 250 experts rassemblés au sein de commissions thématiques et de groupes de travail.
  • (2) Les dunes blanches, ainsi nommées en raison de la forte visibilité du sable nu, correspondent aux dunes de sable mobile les plus hautes du cordon dunaire. Les espèces végétales qui s’y développent sont capables de fixer le sable en profondeur, ce qui entraîne une élévation progressive de la dune et permet la formation d’une lentille d’eau douce. Le rôle des dunes blanches est  primordial dans la dynamique de l’ensemble du cor-don dunaire car elles permettent de stocker le sable apporté par les houles de tempêtes et de limiter l’érosion de la plage par les vents terrestres.

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