Épisodes cévenols : Mesurer la vapeur d’eau en mer pour mieux anticiper

Inondations historiques à Nîmes en 1988. Photo DR.

Il y a à peine dix jours, un épisode cévenol a encore frappé avec des dégâts considérables dans le Gard et en Lozère. Le centre spatial universitaire de Montpellier et la fondation Van Allen vont poser des capteurs à bord de navires pour mieux affiner les prévisions.

Une forte concentration de nuages gorgés de vapeur d’eau formés au-dessus de la Méditerranée, drossés par un vent puissant sur les Cévennes : et tombent les rabannelles… C’est le scénario classique d’un épisode cévenol. Sauf que le dernier en date, il y a dix jours, était totalement inhabituel pour un mois de juin.

Le satellite qui récupère les données GPS des capteurs. Ph. DR.

Résultat, des dégâts matériels considérables à Saint-André-de-Majencoules, par exemple, dans le Gard, département qui fut très touché – comme souvent – ainsi que celui de la Lozère, notamment, où là aussi des dégâts matériels sur des habitations ainsi que sur des ponts et des murets de soutènement ; des pluies diluviennes, de 100 à 250 millimètres sur les Cévennes, du côté du Gard et de la Lozère, parfois même jusqu’à 350 millimètres. Soit trois à quatre mois de pluies de juin… Le 12 juin dernier, donc, en 36 heures, Météo France a mesuré 316 millimètres de pluie par exemple à Villefort. Cela représente 100 jours pour un mois de juin. Sans faire de victime, ce qui n’est pas rare qui ont fait 250 morts en 30 ans, comme Dis-Leur ! vous l’expliquait.

Améliorer les modèles météo

D’où un projet inédit qui vise à améliorer les modèles météo de prévision des épisodes cévenols. « Ce déchainement en cette période est rarissime », exprime Jean-Claude Gayssot, président de la fondation Van Allen (1) et président du Port de Sète. Est-ce une conséquence du changement climatique ? En tout cas, la demande est de plus en plus forte d’une prévision d’alerte météo la plus fine possible. C’est là qu’intervient le centre spatial universitaire de Montpellier à la pointe de la recherche comme Dis-Leur vous le relatait également. « Ils ont construit un nanosatellite expérimental avec Météo France et l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière) et l’école d’ingénieurs Ensta en Bretagne avec donc le soutien de la fondation Van Allen et l’Agence française de l’espace. Un projet qui s’inscrit dans le cadre de l’I-site Muse de Montpellier Université d’Excellence. »

Des capteurs dans les navires de la société GNV

Laurent Dusseau, directeur du centre spatial universitaire de Montpellier. Photo : O.SC.

Le projet consiste à équiper des navires qui traversent régulièrement la Méditerranée de capteurs d’hydrométrie pour mesurer l’intensité de la vapeur d’eau. Le satellite recueillera les données qui seront ensuite transmises aux ingénieurs météo. Ce sont les bateaux de la société GNV qui embarqueront les capteurs. Directeur de la fondation Van Allen et du centre spécial universitaire, Laurent Dusseau souligne que « l’on a bien des capteurs à terre mais aucun en mer ». Avec ces capteurs embarqués, on pourra suivre les nuages menaçants à la trace et affiner le risque. Les deux rives de la Méditerranée sont évidemment concernées : Djibouti fait état de problématiques similaires jusqu’alors inexistantes…

Le but : anticiper le plus possible sur un phénomène cévenol pour alerter les services compétents, de secours, etc. Avec une précision de moins de 5 kilomètres, ce serait bien »

Pierre Bosser, chercheur à l’Ensta
Pierre Bosser, enseignant-chercheur à l’Ensta. Ph. Simon Rohou (Ensta Bretagne)

Enseignant-chercheur associé à l’Ensta, Pierre Bosser abonde : « L’intérêt de ce projet, c’est de voir comment les signaux des GPS embarqués sur des navires sont perturbés par l’atmosphère instable et s’ils enregistrent bien la teneur en vapeur d’eau des nuages. Le but c’est d’apporter une plus-value, d’anticiper le plus possible sur un phénomène cévenol. Pour alerter les services compétents, de secours, etc. Avec une précision de moins de 5 kilomètres, ce serait bien. »

Ce projet est complémentaire d’une vaste étude sur les épisodes cévenols, baptisée Hymex en 2012, mobilisant 400 scientifiques, 30 M€ et 200 moyens d’observation pour « mieux prévoir le climat méditerranéen », mieux comprendre le cycle de l’eau en Méditerranée et affiner les modèles de prévisions, y compris régionaux. Des études, dont certaines ont commencé en 2010, sont réalisées dans des conditions parfois extrêmes, de l’épisode cévenol à la crue meurtrière.

Pendant deux mois, une armada était allée à la chasse aux nuages menaçants. À terre et en Méditerranée nord-occidentale (France, Espagne, Italie), on a ausculté les déluges. Bateaux, avions, engins sous-marins, bouées, radars, profileurs de vent… Et même un détecteur d’éclairs 3D et un radar mobile, tous deux venus des USA. Un avion a même tenté de percer les secrets des épisodes méditerranéens en déchirant les nuages… En parallèle, une importante population se concentre sur le littoral et dans des mégalopoles (Le Caire ou Istanbul) « 60 millions de riverains vivent avec moins de 500 m3 d’eau par an et par habitant ». Syrie ou Libye ont déjà puisé 75 % de leurs ressources.

Olivier SCHLAMA

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