Écoles fermées : Ces communes qui invoquent le principe de précaution

Claudie Minguez, élue chargée des écoles à Frontignan. Photo : Olivier SCHLAMA

Frontignan, Montauban, Saint-Brès… Certaines communes font de la résistance. Parmi les raisons : « sécurité sanitaire insatisfaisante », problèmes de personnels, de place, etc.  Explications.

Il y a les communes qui sont obligées de fermer des écoles après la découverte d’un cas de covid-19 ou d’une suspicion. Ce fut le cas à Montpellier dans deux écoles, par exemple. Au total, plus d’une cinquantaine d’établissements en France, sur les 40 000 qui ont rouvert depuis le déconfinement, ont dû de nouveau fermer leurs portes.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer l’annoncé ce lundi au micro de RTL : « 70 nouveaux cas de coronavirus ont été détectés dans les écoles depuis le début du déconfinement. » Le ministre a toutefois avancé : « Presque à chaque fois ce sont des cas qui se déclarent en dehors de l’école, comme dans les exemples récents donnés à propos des abattoirs. » Jean-Michel Blanquer soutient néanmoins toujours que les « conséquences de ne pas aller à l’école sont beaucoup plus graves. Il y a beaucoup de médecins qui ont dit qu’il était moins dangereux d’aller à l’école que de rester à la maison. Nos enfants ne doivent pas être les victimes collatérales des mesures sanitaires ».

Nous constatons aussi que des écoles qui avaient rouvert commencent à fermer pour cause de cas de covid-19. Pour nous, enfants et personnels sont dans une insécurité sanitaire… »

Claudie Minguez, élue à Frontignan
L’école Anatole-France à Frontignan ne reçoit que des enfants des personnels soignants et de salariés indispensables à la gestion de la crise. La mairie n’a pas arrêté de date pour rouvrir ses 10 écoles. Photo : Olivier SCHLAMA

Et puis il y a les écoles qui n’ont pas rouvert le 11 et le 18 mai par précaution des exécutifs communaux. C’est le cas à Frontignan où sont scolarisés 2 100 enfants répartis dans dix écoles. Enseignante dans les métiers de la mode, Claudie Minguez est chargée de ce dossier. « Nous avons entendu ce qu’a dit le Premier ministre, énonce-t-elle ; lu tous les articles sur le sujet ; nous constatons aussi que des écoles qui avaient rouvert commencent à fermer pour cause de cas de covid-19. Pour nous, enfants et personnels sont dans une insécurité sanitaire. Il y aussi la responsabilité pénale… Le protocole sanitaire ? Les enfants doivent avoir leur propre matériel ; ils ne peuvent pas se le prêter. Vous vous rendez-compte dans quelles conditions on accueillerait les enfants ? C’est anxiogène. Le lavage des mains ? Si on calcule bien il faut y consacrer une bonne demi-heure par jour… »

« Prendre du recul… »

L’élue poursuit : « La sécurité sanitaire n’est pas suffisante. » D’où la décision suivante ; « Nous avons décidé de prendre du recul. Et de ne pas rouvrir les écoles jusqu’au 2 juin prochain. Nous aurons le temps, d’ici là, de voir si l’épidémie est vraiment finie ou si elle progresse encore. Si le déconfinement est probant. Nous attendons aussi la décision sur le chômage partiel qui pourrait se terminer progressivement. »

Quelles réponses apporter aux parents qui ont repris leur travail ou qui doivent le reprendre ? « Nous avons constitué un groupe de travail  avec les fédérations de parents d’élèves pour évaluer les vrais besoins. Nous avons d’ailleurs une réunion ce mardi soir pour avancer sur ce sujet et comment on peut s’organiser pour les accompagner et les aider. » Ce n’est pas une posture à Frontignan. Le suivi et l’aide est dans le corpus habituel. « Cet été, nous proposerons du soutien scolaire en plus des activités de loisirs dans les centres de loisirs ; nous le faisions déjà traditionnellement. » Pendant ce temps, conclut Claudie Menguez, « la continuité pédagogique, via l’enseignement à distance, marche bien ».

J’ai fait un sondage, en appelant avec mon téléphone moi-même l’ensemble des 247 familles de la commune de nos deux groupes scolaires. Eh bien, 87,04 % ne souhaitaient pas remettre leur enfant à l’école… »

Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès

Frontignan n’est pas la seule commune à ne pas avoir ouvert ses écoles. Christophe Mauny, le Dasen (directeur académique des services de l’Éducation natyionale) de l’Hérault, l’avait confié à Dis-Leur : « Au total, dans l’Hérault, dix communes ont pris des arrêtés pour ne pas ouvrir leurs écoles, dont deux ont déjà annoncé leur intention de rouvrir le 18 mai. La plupart disent avoir besoin de temps. Ce serait dommage encore une fois de louper une phase. » Ainsi, Laurent Jaoul, le maire de Saint-Brès ne les ouvrira pas avant la « rentrée de septembre ». À l’avant-garde des communes récalcitrantes, il dit : « J’ai pris un arrêté pour ne pas rouvrir les écoles. Et j’ai fait un sondage moi-même, en appelant avec mon téléphone l’ensemble des 247 familles de la commune de nos deux groupes scolaires. Eh bien, 87,04 % ne souhaitaient pas remettre leur enfant à l’école. Seulement 1,62 % le veulent et 11,34 % ne se prononcent pas. »

Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès. DR.

Le maire de Saint-Brès appelait à ne pas reprendre l’école. Il a été « entendu », comme il le dit.Comment expliquer cette unanimité ? La population a été durablement marquée par l’épidémie. « Nous avons été la première commune à avoir été touchée par le covid-19 ; nous avons même eu un ex-élu qui en a perdu la vie. Et la population a entendu mon message de prudence… » Comme pour d’autres maires. Laurent Jaoul cite par exemple Saint-Martin-de-Londres, Pignan ou encore Sussargues qui ont suivi son exemple.

Sincèrement, on est mal barrés. L’école maternelle est fermée jusqu’à nouvel ordre »

Éliane Lloret, maire de Sussargues

Justement, Pignan, autre illustration héraultaise, ou Sussargues, ont effectivement différé l’ouverture de leurs classes. Avec des arguments. Dans la première, la maire a pris aussi un arrêté invoquant l’avis négatif du Conseil scientifique au niveau national ; le nombre de cas asymptomatiques qui rend le retour des enfants à l’école problématique ; le fait que le virus peut rester présent jusqu’à 9 ou 11 jours sur certaines surfaces ; l’impossibilité de distanciation physique  vu la configuration des lieux ; des locaux trop petits ; des personnels en nombre insuffisant… Bref, impossible, quoi. À Sussargues, la maire a elle aussi fait des choix. « On a décidé de ne rouvrir que l’école primaire pas la maternelle », précise Eliane Lloret. « Nous n’avons pas assez de personnels ; on a préféré mettre le paquet sur le primaire. » Elle ne dit pas définitivement non à une ouverture totale le 2 juin. « Mais sincèrement, confie-t-elle, on est mal barrés. L’école maternelle est fermée jusqu’à nouvel ordre. »

À Montauban, plus d’un millier d’agents dépistés

Brigitte Barèges, maire de Montauban. ©Ville de Montauban

A Montauban (60 000 habitants, Tarn-et-Garonne), la décision semble avoir été prise là aussi jusqu’à nouvel ordre. La commune a aussi pris la décision – par arrêté – de ne pas rouvrir ses écoles et ses crèches pour le moment. Car se trouvant « aujourd’hui dans l’incapacité de connaître très exactement le nombre d’enfants et d’enseignants concernés et reste dans l’attente de tests de dépistage.Un travail est mené et des discussions sont en cours pour permettre une ouverture dans les meilleures conditions sanitaires possibles », est-il simplement rapporté. La maire de la ville, qui compte 5 300 élèves, avait également avancé qu’elle n’avait pas de prévision précise du nombre d’élèves qui seraient ou non présents et d’enseignants. La maire, Brigitte Barèges avait aussi émis l’idée de faire dépister, sur la base du volontariat, ses agents municipaux, dont « plus d’un millier auraient déjà fait la démarche pour connaître leur immunité face au virus. ».

Olivier SCHLAMA

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