Dessertes fines en Occitanie : « La SNCF doit être dotée de moyens suffisants »

Pas un train durant l’été en Ariège ; de longues négociations sur la réouverture de petites lignes ; cher entretien du réseau ferré… Le vice-président de la Région Occitanie fait le point.

La colère a été aussi brute que la surprise. D’un côté le conseil régional fait tout pour que le train soit une vraie alternative, y compris pendant ces singulières vacances d’été, où le tourisme franco-français devrait être la norme et pour lequel la collectivité a permis la mise en vente d’un million de billets à 1 € ; une collectivité rénove à coups de millions d’euros les lignes dites secondaires ; qui se bat pour la LGV ; qui sauve des lignes mythiques comme l’Aubrac… D’un autre, la SNCF qui… déraille. Vice-président de la région, Jean-Luc Gibelin (PCF) est furax, depuis l’annonce d’un été sans train – du 15 juin au 30 août – sur la ligne Toulouse-Latour-de Carol que la Région finance à… 60 %. La raison ? D’importants travaux de maintenance et de modernisation, certes prévus depuis belle lurette mais qui tombent très mal.

Le problème de SNCF réseau c’est qu’ils décident de travaux à réaliser deux ou trois ans avant ; ce qui peut se concevoir et ensuite ils sont incapables de s’adapter »

Jean-Luc Gibelin, vice-président de la région

« SNCF Réseau qui a en charge la gestion et des infrastructures ferroviaires a décidé, seule, de leur reprogrammation sans tenir compte de personne, des vacances, etc. Alors qu’il est possible de faire autrement. On aurait pu faire les travaux par tronçons par exemple. Le problème de SNCF réseau c’est qu’ils décident de travaux à réaliser deux ou trois ans avant ; ce qui peut se concevoir et ensuite ils sont incapables de s’adapter. » Plus aucun train entre Toulouse et les Pyrénées ariégeoises jusqu’à la fin du mois d’août… « Alors que tout le monde, collectivités en tête font tout pour relancer l’activité et le tourisme », s’indignent eux aussi tous les acteurs impliqués.

Contre l’ouverture à la concurrence

Jean-Luc Gibelin, à droite. Ph. DR.

Pour autant, Jean-Luc Gibelin reste le premier cheminot de la région défendant bec et ongles l’opérateur historique. Il rappelle que « ce n’est pas parce que l’on est en colère contre ces travaux en Ariège que l’on est pour l’ouverture à la concurrence de la SNCF ». Le vice-président de la Région fait référence à Railcoop, par exemple, une coopérative qui compte exploiter une partie du réseau SNCF, comme Dis-Leur vous l’a expliqué. « Pour nous, il faut donner les moyens suffisants à l’opérateur historique pour qu’il puisse investir et entretenir des lignes. Nous sommes très attachés au développement fin du rail dans les territoires. » Comme Rodez-Séverac ou Alès-Bessèges ou encore la fameuse ligne de l’Ariège… Jean-Luc Gibelin martèle : « Si on ouvre à la concurrence, les lignes déficitaires resteront à la SNCF et celles qui n’en perdent pas ou qui en rapportent iront aux opérateurs privés. »

Rouvrir six lignes ou consolider le nombre de voyageurs

Jean-Luc Gibelin rappelle que la Région Occitanie, coordinatrice des transports dans la région, est pleinement engagée dans la réouverture de lignes avec des trains plus propres » qu’elle pousse à mettre sur les rails des trains au gaz (GNV), à batteries électriques ou à hydrogène. Une région qui est, avec la Normandie, à la pointe dans la constitution d’une filière, comme Dis-Leur vous le décryptait. « Nous avons plus d’un millier de rames dont une centaine sont encore au Diesel, dont 83 sont à mi-vie qui devront être remplacées d’ici un ou deux ans en Occitanie. Nous voulons anticiper cela. Aborder la question en proposant sans doute un mix énergétique. »

« Calendrier beaucoup trop long »

Le train jaune : 63 kilomètres, 21 gares, pour découvrir le Conflent et la Cerdagne… Photo ©SNCF

Par ailleurs, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région, dont la convention TER représente 300 M€ par an, ajoute travailler depuis 2016 avec la SNCF à rouvrir ou en consolider la fréquentation de ses voyageurs de six lignes suspendues pour lesquelles seules des études préliminaires ont été menées pour 700 000 € : Montrejaux-Luchon ; Rodez-Séverac ; Limoux-Quillan ; Alès-Bessèges ; une ligne sur la rive droite du Rhône et enfin le Train jaune. « Le calendrier de réouverture est beaucoup trop long et c’est très cher. cela devrait être possible d’ici 2025 à 2027. Nous ne savons pas encore combien » mais cela se compte évidemment en dizaines de millions d’euros.

En dehors de ces six lignes, 60 % des 2 400 kilomètres de réseau en Occitanie – en dehors des grandes lignes, Toulouse-Montpellier ou le long du littoral, par exemple – nécessite des travaux entre 2024 et 2029. Le coût ? 1,7 milliards d’euros. Toute la question est de savoir qui va payer, de l’État et de la Région, et dans quelles proportions. Les négociations avancent plutôt à la modeste vitesse d’un tortillard essoufflé…

Interpellée, SNCF et SNCF Réseau n’étaient pas en mesure de répondre à nos questions.

Olivier SCHLAMA

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