Chute des indemnités chômage des nounous : Les Gilets roses voient rouge

"Les assistantes maternelles, maillons indispensables de la petite enfance, vont encore être davantage plongées dans la précarité, à cause d'un nouveau mode de calcul des indemnités en cas de perte d'un contrat". Sandrine Mascaras, assistante maternelle, référente du mouvement Gilets roses dans l'Hérault et le Gard. Photos : Olivier SCHLAMA

Ce samedi 2 février 2019, des milliers d’assistantes maternelles se sont rassemblées dans 30 départements en France : Montpellier (devant la permanence du député Patrick Vignal), Toulouse, Marseille, etc. Sur le modèle des Gilets jaunes, elles ont enfilé, elles, un gilet rose pour protester contre la réforme de leur indemnisation chômage quand elles perdent un contrat. Leur perte de revenu pourrait aller jusqu’à 300 euros par contrat manquant. Dis-Leur ! fait le point avec la Sétoise Sandrine Mascaras, référente des Gilets roses de l’Hérault et du Gard et avec Stéphane Fustec, membre du groupe de travail national Confédéral CGT.

« L’un des deux bébés que je garde, une petite fille, fait bien la sieste mais il faut régulièrement la bercer. Je la place alors dans la poussette. Et je place sous une roue, un pied en bois de mon parc pour que le cahot soit parfait et qu’elle s’endorme rapidement… »

Chez l’Héraultaise Sandrine Mascaras, 48 ans, dont 12 ans comme assistante maternelle, tout transpire le professionnalisme. Pour beaucoup de ses consoeurs, elle est un « modèle ». Son grand appartement à Sète est neuf et lumineux. L’heure du ménage n’est jamais loin. Chambres et salon donnent sur un parc aux grands arbres calmes. Le loyer de 880 euros va avec le standing. Mais c’est un choix imposé. Pour pouvoir accueillir autant d’enfants que le permet son agrément, quatre en même temps en ce qui la concerne, il faut que le service soit en rapport : irréprochable. Sandrine Mascaras, comme la plupart des « nounous« , ne lésine pas sur le cocon qu’elle « veut offrir aux enfants ».

Les assistantes maternelles, maillons indispensables de la petite enfance, vont encore être davantage plongées dans la précarité, à cause d’un nouveau mode de calcul des indemnités en cas de perte d’un contrat ».

Sandrine Mascaras, assistante maternelle.

« Pour moi, c’est une vocation ! », dit-elle. C’est donc tout naturellement qu’elle a été désignée référente pour l’Hérault et le Gard des « Gilets roses », nouvelle catégorie à chasuble rassemblant, celle-là, des dizaines de nounous. Les assistantes maternelles, maillons indispensables de la petite enfance, vont encore être davantage plongées dans la précarité, souligne-t-elle en substance, à cause d’un nouveau mode de calcul des indemnités en cas de « perte d’un contrat ». Des indemnités qui seraient revues à la baisse prochainement. Un contrat c’est un enfant à garder. Un enfant ça déménage avec ses parents et ça grandit pour aller à l’école à trois ans. Entre deux contrats, Pôle emploi comble le manque à gagner, ce qui leur permet d’attendre de nouveaux contrats. C’est leur angoisse commune. Compréhensible, avec un salaire moyen qui avoisine souvent péniblement les 1 000 euros par mois.

S’occuper d’un enfant en bas âge rapporte seulement 300 euros par mois… Autre exemple, après trois ans de garde, la prime de licenciement liée à la rupture de contrat ne dépasse pas 80 euros…

« Notre métier est un métier spécial avec plusieurs emplois, avec horaires tournants m, obligation d’avoir 11 heures minimum de repos d’affilée, et plusieurs employeurs : quand l’enfant entre à l’école ou qu’une famille déménage, on perd un contrat. Pour combler ce manque temporaire, Pôle emploi nous verse une allocation. Cette allocation devait d’abord disparaître. Il semble quelle soit maintenue mais diminuée…. »

« Les prix sont libres mais le minimum horaire est de 2,20 euros nets par heure de garde et le maximum de 4,89 euros. Les parents, eux, bénéficient d’aide de la Caf et de déductions fiscales. Alors oui il y a des avantages liés à cette profession : on a des abattements fiscaux ; on travaille chez nous. Mais le métier, difficile, n’est plus attractif. « On est 80 assistantes maternelles à Sète contre 120 il y a dix ans. » Il faut dire qu’en moyenne, s’occuper d’un enfant en bas âge rapporte seulement 300 euros par mois… Autre exemple, après trois ans de garde, la prime de licenciement liée à la rupture de contrat ne dépasse pas 80 euros…

« Moi, e fais 50 heures par semaine sans compter la préparation de la maison, des repas, des sorties… Mais je n’ai pas le choix : je vis seule avec deux enfants et je ne peux compter en rien sur mon ex mari… » Photos : Olivier SCHLAMA

Les nounous ne se bercent pas d’illusion. Sur les réseaux sociaux, les groupes de discussion bouillonnent. « C’est une profession suffisamment complexe et suffisamment précaire pour en rajouter », déplore Sandrine Mascaras. CGT, Unsat-Assmat… Les syndicats traditionnels sont appelés à la rescousse. Mais ça ne suffit pas. Ce samedi 2 février, les Gilets roses iront manifester devant la permanence du député de la majorité LREM Patrick Vignal, qui s’est dit proche de Macron et déjà prêt à discuter avec les Gilets jaunes, il y a quelques semaines.

Nous, assistantes maternelles, on ne peut pas démarcher. On ne peut pas traverser la rue pour aller trouver des parents qui veuillent bien nous confier leurs enfants pendant qu’ils bossent ! »

« Moi, je fais 50 heures par semaine sans compter la préparation de la maison, des repas, des sorties… Mais je n’ai pas le choix : je vis seule avec deux enfants et je ne peux compter en rien sur mon ex mari… » Déjà elle-même Gilet jaune, Sandrine Mascaras répète ce qu’elle va expliquer au député avec son second chasuble : « On est dans la catégorie des services à la personne ou les intermittents du spectacle mais nous, assistantes maternelles, on ne peut pas démarcher. On ne peut pas traverser la rue pour aller trouver des parents qui veuillent bien nous confier leurs enfants pendant qu’ils bossent ! »

Enfant, Sandrine Mascaras voulait devenir puéricultrice pour « faire naître les bébés ». Un désir qui vient donc de loin. Elle insiste : « Il faut avoir la vocation pour faire ce métier d’assistante maternelle. » Après avoir eu un « bébé éprouvette » et un « bébé surprise », comme elle le formule, cette ancienne aide-comptable dans une grande surface et animatrice dans une association de promotion du lait maternel, devient donc nounou. « J’ai passé mon CAP petite enfance il y a quatre ans. Je pourrais postuler en crèche mais le travail ne m’intéresse finalement pas. Nounou, c’est avoir un autre lien avec les enfants et un autre travail, plus à l’écoute de leur rythme… »

Contacté, Pôle emploi Occitanie dit :  » Nous ne sommes pas en capacité d’expliciter ce qu’il sera décidé pour ce public puisque les négociations de la prochaine convention d’assurance chômage sont toujours en cours. » En attendant, le mouvement des Gilets roses se structure, comme son aîné des Gilets jaunes. Émilie Ferbos, assistante maternelle près de Bordeaux (Gironde), a créé le groupe sur Facebook Assistantes maternelles-Gilets roses, qui compte 9 430 abonnés.  » Douze mille assistantes maternelles sont indemnisées en Occitanie soit 48 % des personnes inscrites et recherchant dans cet emploi », précise Pôle emploi.

C’est un cercle vicieux : si ça continue, beaucoup quitteront la profession. Et apparaîtront des déserts sans nounou. »

Émilie Ferbos, assistante maternelle près de Bordeaux.

« Nous étions 300 000 assistantes maternelles en France il y a quelques années et nous sommes environ 400 000 à exercer ce métier. C’est en progression, notamment parce que Pôle emploi dirige pas mal de femmes vers cette profession », indique-t-elle. « Au niveau national, on compte une trentaine de départements mobilisés pour ce Mouvement du 2 février, notamment avec des manifestations. Le gouvernement veut revoir le mode de calcul de nos allocations. Mais si ça continue, beaucoup quitteront la profession. Et apparaîtront des déserts sans nounous. C’est un cercle vicieux… »

Selon les simulations de l’Unedic, la perte de revenu devrait être drastique : entre 30 euros et 300 euros par mois et par assistante maternelle. La lettre de cadrage du gouvernement dit qu’il faut trouver trois milliards d’euros économies… »

Stéphane Fustec, membre du groupe de travail national CGT.

Référent national sur ce dossier sensible et membre du groupe de travail Confédéral CGT, Stéphane Fustec ne dit pas autre chose : « Dans cinq ou six ans, le pays va être confronté à des départs massifs à la retraite d’assistantes maternelles. On va se retrouver en pénurie en certains endroits… » Surtout que « selon les simulations de l’Unedic, la perte de revenu devrait être drastique : entre 30 euros et 300 euros par mois et par assistante maternelle. La lettre de cadrage du gouvernement dit qu’il faut trouver trois milliards d’euros économies. Le gouvernement cherche à en faire partout. Celles sur les nounous représenterait 100 millions d’euros par an. On aimerait croire à une issue positive. Surtout que ces assistantes maternelles m’étonnent par leur dynamisme et leur volonté. Elles sont même venues nous chercher, nous vieux syndicats pour se structurer ! C’est inédit. Mais ça va être dur. Peut-être que le mouvement social actuel va les faire infléchir. Mais ça va être compliqué… »

Olivier SCHLAMA