Bassin de Thau : À l’aide des eaux usées, on peut prévoir un rebond du covid

Les rives de l'étang de Thau lors d'une opération nettoyage en 2019. Le nouveau procédé s'intéresse aux effluents des habitants avant qu'ils ne soient traités dans les stations d'épuration du bassin de Thau. Photo d'archives : Olivier SCHLAMA

C’est une première. La détection du virus covid-19 dans les eaux usées pourrait permettre de suivre l’évolution de l’épidémie dans la population. Un nouveau procédé est expérimenté permettant de gagner plusieurs jours sur une éventuelle reprise du virus.

C’est un peu comme lire dans le marc de café… « C’est une première en France, qui pourra faire école et être dupliquée ailleurs. » Président du syndicat mixte de Thau et maire de Marseillan, près de Sète (Hérault), Yves Michel n’est pas peu fier de voir que ce territoire du bassin de Thau peut servir d’exemple national dans la lutte contre le covid-19.

Tout le monde se souvient d’études récentes, en particulier celles menées dans l’agglomération parisienne, qui ont mis au jour la présence du coronavirus dans les eaux usées. « À l’origine, contextualise Yves Michel, président du syndicat mixte de Thau, nous avons mis en place un contrat de transition écologique, signé par le ministre de tutelle, à l’intérieur duquel nous avons été désignés lauréats de l’opération Littoral + de la région Occitanie qui nous a permis de créer une plate-forme d’innovation, Lab’Thau, en lien avec le monde de la recherche, du monde universitaire et des collectivités. Elle est dédiée à l’expérimentation d’idées nouvelles au service de la transition écologique et de la résilience des territoires littoraux. » L’expertise du SMBT sur la connaissance de l’état sanitaire des eaux des lagunes et de l’étang de Thau, de la pérennité de la pêche et de la conchyliculture, est depuis reconnue.

Comme l’épidémie se déclarait, on a trouvé intéressant de savoir s’il y avait une possibilité de « marquer » la présence de covid-19″

Yves Michel, président du syndicat mixte de Thau
cassette microfluidique

Yves Michel reprend : « Parmi les porteurs de projets qui viennent nous voir régulièrement, nous avons rencontré les représentants de la start-up montpelliéraine Iage, spécialisée dans le génie environnemental. Comme l’épidémie se déclarait, on a trouvé intéressant de savoir s’il y avait une possibilité de « marquer » la présence de covid-19, comme on trouve par ailleurs classiquement des traces de médicaments et autres. Eh bien justement, grâce au savoir-faire de Iage, il serait possible de repérer des fragments d’ARN ou d’ADN du virus dans les eaux usées avant leur traitement en station d’épuration, en sachant que le virus est présent dans les selles et l’urine. De le quantifier et d’étudier l’évolution de sa présence sur un territoire donné. Il est à ce stade-là sans conséquences sur la santé humaine. Nous l’expérimentons dans le cadre du Lab’Thau. » En sachant que les fragments du virus excrétés par le corps sont détectables en moyenne quatre jours après la contamination alors que les premiers symptômes surviennent quinze jours plus tard.

Photographie précise avec plusieurs jours d’avance

Cette initiative a un gros avantage,« notamment, précise Yves Michel, pour un meilleure repérage de personnes asymptomatiques, c’est-à-dire de personnes qui ont eu le covid-19 sans en déclarer les symptômes et qui peuvent participer à la chaîne de transmission sans le savoir ». Grâce aux données relevées par Iage, les autorités auront en main une photographie précise de l’évolution du virus avec plusieurs jours d’avance sur une possible reprise de l’épidémie, d’apparition de foyers.

« C’est une aide précieuse à la décision pour le préfet et l’ARS car elle permettra d’anticiper. De décider ou non de placer par exemple des gens en quatorzaine, d’en tester à des endroits où l’on saura que l’épidémie peut ressurgir car les traces de covid. Préfet et Agence régionale de santé (ARS) pourront alors, en fonction des résultats, décider ce qu’il y a lieu de faire. Pour nous, on voit bien que notre action se situe dans la mesure de la qualité du milieu, de l’environnement et de toutes les activités des métiers de l’eau. »

Il s’agit en quelque sorte de zoomer des milliers de fois de sorte de pouvoir apercevoir l’ARN ou l’ADN du covid »

Franz Durandet, président de Iage

Spécialisée dans la recherche génétique appliquée à l’environnement, la start-up Iage va expérimenter son procédé original, la Droplet digital PCR, « plus sensible que les méthodes classiques employées jusqu’alors, pour détecter la présence du virus dans les eaux usées ». « Il s’agit en quelque sorte de zoomer des milliers de fois de sorte de pouvoir apercevoir l’ARN ou l’ADN », précise Franz Durandet, président de Iage.En intégrant la plate-forme, la start-up bénéficie de l’accompagnement des acteurs et partenaires scientifiques du territoire et notamment de l’unité Mivegec de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) de Montpellier, de la Région Occitanie et de Sète agglopôle Méditerranée, gestionnaire du réseau d’assainissement.

Vers des essais à grande échelle

Franz Durantet. DR.

« Nous avons fait les premiers prélèvements la semaine dernière. Les prochains seront faits demain », explique Franz Durandet, président de la start-up Iage. On saura déjà très vite si la charge a augmenté en deux semaines de déconfinement. « Si la charge virale augmente, on ne pourra pas certifier que c’est à cause du déconfinement : nous n’avons pas de mesure réalisée pendant cette période de confinement. Cela pourra surtout faire gagner quatre à cinq jours avant les premiers cas qui arriveront possiblement ensuite dans les hôpitaux. »Si les tests s’avèrent concluant, cet indicateur pourrait renforcer les suivis épidémiologiques déjà en vigueur. » Un suivi régulier permettrait d’estimer l’évolution de la circulation du virus dans le temps et d’anticiper tout rebond de l’épidémie.

« Le syndicat mixte est à l’origine de la demande mais ne peut pas financer les essais à grande échelle, précise Franz Durandet. Nous avons offerts les premiers points d’analyse pour avoir une base solide, une base aussi pour aller demander des subventions et réaliser ces analyses à plus grande échelle. »

Olivier SCHLAMA

Vivre la crise avec Dis-Leur !