Viticulture : à Fabrègues, la toute première vigne solidaire de France

Son BTS en viticulture-oenologie en poche, la Toulousaine Pauline Chatin, 31 ans, crée une exploitation viticole d’insertion au domaine de Mirabeau, à Fabrègues (Hérault). Une première en France ! Son but : favoriser l’insertion de personnes les plus éloignées de l’emploi.

La Vigne de Cocagne. C’est le joli nom d’un projet de viticulture d’intention paradisiaque, calée au pied du massif de la Gardiole qui abrite une centaine d’espèces protégées. « Les viticulteurs ont de plus en plus de difficultés à recruter des ouvriers polyvalents et expérimentés. Dans l’Hérault, les difficultés de recrutement concernent 40 % des postes d’ouvriers viticoles non-saisonniers, alors que le taux de chômage atteint 15%. »

Ce schisme a été le déclic pour Pauline Chatin. La viticultrice de 31 ans vient de s’engouffrer dans cette niche en proposant « à des personnes les plus éloignées de l’emploi (au RSA ou qui n’ont pas travaillé depuis longtemps) un apprentissage du métier d’ouvrier viticole et un accompagnement social personnalisé, pour leur permettre de retrouver progressivement confiance et autonomie, de reconstruire leur avenir professionnel et leur place dans la société. » Elle ajoute : Il existe dans le pays douze structures voisines mais ne s’adressant qu’à des handicapés. Nous sommes bien la seule structure de ce type en France. » Autre atout, la Vigne de Cocagne produira un vin biologique, agro-écologique et solidaire commercialisé en direct et en circuits courts.

« A moyen terme, confie Pauline Chatin, l’objectif est d’essaimer le concept de Vigne de Cocagne dans d’autres régions viticoles connaissant des difficultés socio-économiques ».  
L’idée pourrait en effet faire florès, argumente-t-elle. Les chefs d’exploitation ont « de plus en plus de difficulté à recruter des ouvriers viticoles polyvalents et expérimentés. Ouvrier viticole figure dans le top 10 des métiers les plus recherchés en France avec plus de 100 000 projets de recrutements chaque année ! » Il y a de plus en plus de cultures bio dans la région et elles demandent une fois et demie plus de main d’oeuvre que dans une exploitation classique.

Trois premiers salariés fin 2017

Dans l’Hérault, les difficultés de recrutement concernant 40 % des postes d’ouvriers viticoles non-saisonniers (enquête besoins en main d’œuvre Pôle Emploi, 2016). Et alors que le taux de chômage est élevé dans certains grands bassins viticoles. Dans l’Hérault, le taux de chômage atteint 15 % et le département compte 50 000 bénéficiaires du RSA (Service Etudes et statistiques Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées).

Les magnifiques vignes sont situées au pied du massif de la Gardiole du domaine de Mirabeau, à Fabrègues, près de Montpellier (Hérault). DR.

Deuxième constat, il existe un « déficit de formations au métier d’ouvrier viticole et peu de parcours adaptés à des personnes fragilisées. Seulement 3 % des postes d’insertion du département de l’Hérault sont consacrés à la filière agricole (étude IAE en Languedoc Roussillon, L’Autre entreprise, 2015).
Il n’existe aujourd’hui aucune exploitation viticole d’insertion en France, alors que le métier d’ouvrier viti-vinicole est particulièrement adapté à des parcours d’insertion : il offre une possibilité d’apprentissage par le terrain, une grande diversité de taches et de vraies perspectives d’emploi. »

Le projet débutera d’ici la fin de l’année, avec l’accueil des trois premiers salariés en insertion sur le domaine de Mirabeau à Fabrègues (Hérault). Proposés par Pôle emploi, ils seront payés au SMIC, moyennant 10 000 euros par an et par personne versés par l’Etat, le « prix de la mission d’insertion ». Au bout de deux ans, « quand ils sont bien formés, nous sommes obligés de les laisser partir », précise la viticultrice. Le domaine de Mirabeau sera mis à disposition par la commune de Fabrègues, propriétaire du domaine. Il comprend 7,60 hectares de vignes, une cave de vinification de 210 m2 et un espace bureaux et lieux de vie.

Objectif : 58 000 bouteilles de vins en 2020

« Nous conduisons actuellement une recherche active de mécènes pour nous aider à réaliser les achats du matériel mobile de vigne et de cave nécessaires au lancement de l’activité », complète-t-elle.
Vigne de Cocagne appartient au réseau Cocagne (106 entreprises agricoles d’insertion en France spécialisées dans le maraichage), créé depuis Besançon par un éducateur spécialisé. « Ce réseau est fertile de vertus et de belles valeurs ; que l’on y travaille au rythme des saisons, que c’est physique et pour tout dire un truc génial », défend Pauline Chatin, qui fut conseillère en développement durable avant cette aventure.

La viticultrice veut « monter en puissance progressivement. L’objectif est d’accompagner, en vitesse de croisière, cinq personnes en insertion à partir de 2019. Mais aussi produire huile d’olive et truffes !
Objectif, à cinq ans : grâce à de nouvelles plantations en vignes des terres en friche du domaine le portant à douze hectares de vignes (soit 5 hectares supplémentaires), produire 58 000 bouteilles de vin d’ici  2020. « A plus long terme, nous souhaitons essaimer le modèle de Vigne de Cocagne dans d’autres régions viticoles au service de la lutte contre l’exclusion et de la formation aux métiers de la vigne et du vin ».

OLIVIER SCHLAMA