Vitanesse : prenez-en un grand bol sans vous faire tirer l’oreille

Photo asinerie d'Embazac

Il fallait, dit-on, traire 700 ânesses pour préparer le bain de Cléopâtre ! Dépassant la légende, les vertus cosmétiques du lait d’ânesse demeurent reconnues plus de 2000 ans  après… On connaît moins les qualités de cet « or blanc » dans sa version boisson. Parlons en…

A 20 minutes de Toulouse, entre Lias et l’Isle Jourdain, dans les collines du Gers, Bénédicte et Jean-François Wambecke ont créé un lieu tout dédié aux ânes et aux bienfaits de ce bel animal… Bienvenue à l’asinerie d’Embazac !

Depuis vingt ans, le couple a choisi de se consacrer aux ânes. Rien pourtant ne semblait destiner cette artiste-céramiste et son mari informaticien à une telle activité. « Nous avons toujours été très attirés par les ânes », explique Bénédicte qui précise « nous fonctionnons selon notre éthique personnelle, les ânes sont une passion et nous aimons la partager »…

Le « lait de la dernière chance »

Une quinzaine d’ânesses composent le cheptel de l’asinerie gersoise. « Nous ne sommes que tous les deux et c’est notre seule production » insiste Bénédicte à propos de l’asinerie, qui a commencé avec la fabrication de produits cosmétiques (savons, crèmes, soins…) mais avec toujours « l’idée de parvenir à produire du lait consommable »…

photo asinerie d’Embazac

Bénédicte ne manque pas de références sur le sujet. Le lait d’ânesse c’était selon nos ancêtres, « le lait de la dernière chance ». Car il est le plus proche du lait maternel. C’est donc celui que l’on donnait aux nouveaux-nés ne pouvant être nourris autrement. Dans certains orphelinats, notamment à Paris, on faisait même téter certains nourrissons directement au pis de l’ânesse…

Mais au fil du temps, le bourricot avait perdu de sa superbe, inexorablement remplacé par des bêtes de somme mécaniques et autres tracteurs. « En France, on trouve des traces de consommation assez fréquente du lait d’ânesses jusqu’aux premières années du XXe siècle. Encore un peu dans les années 70… Mais ensuite, les ânes ont presque disparu du pays. On consomme encore du lait d’ânesse dans d’autres pays, notamment au Maghreb… » souligne Bénédicte Wambecke.

Le pari n’était donc pas forcément gagné pour le couple qui n’a cependant guère hésité à se lancer dans l’aventure.

Surfant d’abord sur le regain d’intérêt pour les cosmétiques au lait d’ânesse (ligne Mon Lalou). « Tout commence avec un âne et deux ânesses, puis quatre. et quelques années plus tard… » on retrouve les produits de l’asinerie dans des boutiques à travers la France, mais aussi au Luxembourg, en Russie, au Japon…

Recherches à l’école d’ingénieurs de Purpan

Mais c’est la boisson qui constitue le grand défi d’Embazac. Et c’est une discussion avec un chercheur de l’Inra (institut national de la recherche agronomique) Toulouse qui va faire avancer les choses. En effet, comme l’explique Bénédicte, toutes les revues médicales du XIXe siècle parlent des effets bénéfiques du lait d’ânesse frais sur des problèmes du système cardiaque, pulmonaire, l’anémie, le foie etc…

Photo asinerie d’Embazac

A Toulouse, encore au début du XXe siècle, les ânesses laitières étaient utilisées pour traiter les maladies respiratoires, les états de fatigue ou encore pour l’alimentation des nouveaux nés. Fort de ces références, le couple Wambecke se lance. Les ânesses d’Embazac sont issues d’un brassage de races, ce qui leur assure un système immunitaire très solide, idéal pour préserver un maximum de vertus à leur lait. Un lait rare, car une ânesse ne produit qu’un litre et demi par jour. Et forcément, plutôt cher. « Avec une prix de 30 euros le litre, ce n’est pas un lait qui se consomme tous les jours » reconnaît Bénédicte à propos de ce lait qui est vendu frais à la ferme. mais est également disponible lyophilisé sous forme de gélules pour des cures à plus long terme.

Les vertus multiples du lait d’ânesses en tant que boisson font désormais l’objet de recherches poussées, notamment à l’école d’ingénieurs de Purpan (l’ex-Esap de Toulouse) et par le laboratoire Toxalim de l’Inra. Vitanesse, la marque du lait de l’asinerie d’Embazac a récemment fait l’objet d’une opération de financement participatif plutôt réussie.

L’objectif : la création d’un local pour transformer et conditionner le lait d’ânesse sur-place. Mais aussi développer la partie culinaire, avec des pâtes à tartiner et une boisson énergétique naturelle qui sera commercialisée prochainement. Pour en savoir plus, il est possible de se renseigner et de commander en ligne (http://www.embazac.com/) ou pour les plus curieux, de se rendre directement à l’asinerie qui propose des visites guidées gratuites mais aussi un hébergement en chambres d’hôtes.

Philippe MOURET