Tourisme : tous hôteliers !

BIM/DOMINIQUE QUET/MAXPPP COLLIOURE [Photo via MaxPPP]

Petits revenus, opportunistes ou investisseurs malins : pour se payer ses propres vacances, s’en payer de plus belles encore ou se comporter comme un investisseur pragmatique, en achetant pour louer son logement : les plate-formes de location de particulier à particulier, telles que Airbnb s’impatronisent. Les grandes villes comme Montpellier et Toulouse n’ont pas encore décidé, comme la loi les y autorise depuis peu, de demander aux loueurs occasionnels de s’auto-déclarer en mairie au-delà du quota de 120 jours (pour une résidence principale). Airbnb se défend d’ubériser l’hôtellerie. Mais le phénomène qui était marginal à Toulouse, par exemple, il y a cinq ans avec 500 logements  concernés est devenu massif  avec plus de 4 000 logements. La région Occitanie compte plus de 42 000 annonces sur Airbnb, réparties dans 1 700 villes et villages. Une révolution.

Tous touristes, tous loueurs !  C’est la révolution AirBnB et autres plate-formes de location entre particuliers (Homeway, Abritel…). A l’image de cette cadre de la fonction publique dans le Gard, Hélène, 40 ans,  maman de deux filles de 10 ans et 18 ans, qui loue « pour la première fois » sa maisonnette de 75 m2, via la plate-forme AirBnB « uniquement trois semaines par an », s’excuse-t-elle presque. « Juste pour me financer mes trois semaines de vacances à moi, cet été. C’est une opération blanche… » Le prix ? « 350 euros la semaine ; une semaine, c’est le minimum car louer comme ça demande de tout ranger, vider certains meubles, déplacer pas mal de choses, etc. » La seule autre expérience de ce type qu’elle n’ait jamais tenté c’était comme cliente, avec le Bon Coin en Bretagne, relate-t-elle.

Alors, n’allez pas lui demander s’il elle est au courant de la fiscalité complexe dans ce domaine, de ce qu’il faut ou nom déclarer… Elle fait sa petite affaire à sa petite échelle, sans l’évoquer avec personne. En revanche, sa soeur, elle, qui  a un appartement « plutôt bien placé dans le 1er arrondissement de Paris », a conçu une martingale maligne. Et passer des vacances à peu de frais. En respectant les nouvelles règles d’imposition et de déclaration (1).

« La meilleure amie de ma soeur habite dans l’Aube en pleine Champagne. Et une autre dans les Cévennes (une maison avec piscine). Elles louent toutes trois via AirBnB.  Un jour, elles sont allées à Rome via cette plate-forme. Et ont sympathisé avec l’hôte. Ils ont mis en place un système de code promo pour promouvoir leurs lieux respectifs aux clients qu’ils ont les uns les autres via AirBnB. Et prennent un pourcentage quand ils s’envoient un client. Un moyen de se faire un peu plus d’argent sans rien faire. Par ailleurs, ma soeur, qui bouge beaucoup, sollicite une femme au chômage qui s’occupe du ménage, entre autres Les hôtes se filent le contact). Bref une petite économie parallèle. Par ailleurs, ils s’echangent entre eux les maisons aussi parfois… »

Romain a acheté un appartement pour le louer via le géant américain. Il a déjà loué pour dix jours. Photo DR

Autre cas typique, celui de l’investisseur. Romain, jeune Héraultais de 23 ans, vient d’acheter à crédit sur 20 ans un  T2 pour le louer et se faire un complément de revenus. « J’ai acheté cet appartement pour le louer. J’ai réfléchi et je me suis dit que de passer par le leader mondial AirBnB était une bonne idée. J’avais déjà testé comme client. C’est très facile. » De septembre à juin, il le loue, à un étudiant par exemple. Et, l’été, à la semaine, aux touristes. Près de 10 000 euros de revenus sur l’année.
Petits revenus, opportunistes ou investisseurs malins : trois cas typiques extrêmement répandus, y compris en Occitanie, terre de conquête pour le géant amerloque. Mais, au final, certains pensent que la plate-forme – avec d’autres- bouleversent la vie et l’équilibre de la vie des villes. Une sorte de politique de la terre brûlée, de chamboule-tout : comment après cela réserver auprès d’un hôtelier traditionnel, fût-il le plus professionnel de la place ?

C’est l’avis de Frédéric Michel, responsable de l’UMIH de Toulouse. Certes, AirBnB donne de plus en plus de gages de respectabilité en expliquant qu’il participe au dynamisme économique : de 7 000 voyageurs accueillis en 2012 on est passé à… 800 000 en 2016 ! Elle s’occupe même de reverser la taxe de séjour à de plus en plus nombreuses municipalités, soit 65 366 en 2016 à Toulouse, par exemple. En 2017, AirBnB sera aussi obligé de déclarer les revenus de ses adhérents (voir par ailleurs), histoire de démontrer qu’elle fait partie désormais du paysage et remplit ses devoirs.

Pour tenter de limiter la pression, une loi, récente, autorise les communes de plus de 200 000 habitants (et aux communes de la petite couronne parisienne) à demander, par délibération, aux loueurs occasionnels à s’auto-déclarer en mairie au-delà du quota de 120 jours (pour une résidence principale). Airbnb se défend d’ubériser l’hôtellerie française. En quête due respectabilité, la firme affirme avoir trouvé « des solutions de collaboration avec les collectivités locales pour la collecte automatique de la taxe de séjour qui a été étendue à 50 communes au 1er mai« .

A la métropole de Toulouse, ni le maire ni l’adjoint ne souhaitent prendre la parole sur ce sujet controversé, même si dans les couloirs du Capitole une rumeur imagine qu’un jour puisse être délivré un « permis de louer ». A celle de Montpellier, pour Max Lévita, premier adjoint, là aussi, pas question de se presser à voter une telle délibération. « Cela aurait de conséquences sur d’autres textes comme la loi numérique. Ce genre de prise de position, c’est un vrai pastis ! Nous sommes ok sur le principe d’une régulation de ce genre de plate-forme ; après, il faut voir comment ? Nous allons recevoir les syndicats d’ateliers pour en parler avec eux pour trouver une solution convenable avec eux…Après, nous prendrons une délibération. »

Mais Frédéric Michel, l’hôtelier de Toulouse, aimerait que l’on encadre davantage et vite ce symbole de l’ubérisation de l’économie par fragilisation extrême de certains métiers et corporations. « AirBnB, à Toulouse, c’était marginal il y a cinq ans : 500 logements étaient concernés dans la 4e ville de l’Hexagone. Aujourd’hui, c’est 4 000 ! » De quoi donner le tournis.  Concurrencer de façon déloyale les hôteliers. Mais aussi de déséquilibrer des quartiers entiers. »A Toulouse, il y a 200 hôtels et 15 000 lits dans la métropole. Certains ont fermé. Moi, j’ai dû investir 800 000 euros dans mon hôtel, Héliot, pour le remettre aux normes et le rendre plus attrayant. Vu la croissance exponentielle d’AirBnB, cela va poser des problèmes : nous sommes la seconde ville étudiante du pays ; cette population va avoir de plus en plus de mal à se loger car les prix de l’immobilier montent. On va en arriver au syndrome de Barcelone où des investisseurs achètent des immeubles pour les louer. Et fait partir la population locale. Les quartiers perdent de leur attrait. Il faut des mesures coercitives. J’aimerais que l’on s’active du côté du Capitole… » Cela peut permettre aussi à certains petits revenus de continuer à vivre dans le centre-ville.

Pourtant, la dernière étude de l’Insee sur le sujet semble démontrer qu’il n’y a pas péril en la demeure : avec 2,9 millions de nuitées au 4e trimestre 2016, la fréquentation des hôtels d’Occitanie progresse nettement, de +5,6 % par rapport au même trimestre de l’année précédente. Cette hausse intervient après deux trimestres d’évolutions plus modérées (- 0,7 % puis + 1,1%). En France métropolitaine, le nombre de nuitées augmente également au 4e trimestre 2016 (+ 4,9 %). Probablement par un repli de vacanciers qui renâclent à aller en Espagne ou en Italie, crise oblige.

Un géant en quête de respectabilité

Avec plus de 400 millions d’euros d’impact économique répartis dans 1 700 villes et villages, Airbnb dit, au contraire, soutenir le tourisme en Occitanie et partage volontiers un rapport sur  la région. Où l’on nous dit qu’Airbnb a contribué à l’économie régionale à hauteur de 414 millions d’euros au cours des 12 derniers mois – ce chiffre comprend les dépenses des voyageurs sur place et les revenus des hôtes Airbnb. Qu’au cours des 12 derniers mois, les hôtes Airbnb de la région Occitanie ont accueilli 791 000 arrivées voyageurs, contre 7 000 en 2012.


La région Occitanie compte plus de 42 000 annonces sur Airbnb, réparties dans 1 700 villes et villages. Selon l’INSEE, plus de 1 400 de ces communes, soit plus de 80%, dont Marsillargues dans l’Hérault ou Coursan dans l’Aude, ne disposent pas d’hôtel. Ses clients effectuent en moyenne des séjours de 4 jours et plus de 83% d’entre eux indiquent choisir Airbnb « pour vivre comme un local ». Ils sont représentatifs de la population de l’Occitanie – Les hôtes types sur Airbnb en Occitanie louent leur logement 15 jours par an et gagnent un revenu complémentaire de 1 600€ par an. L’hôte type est âgé de 47 ans. Tous touristes ! Tous loueurs !

Olivier SCHLAMA

Comment déclarer mes revenus de la location meublée ?
https://www.impots.gouv.fr/portail/files/media/1_metier/1_particulier/EV/1_declarer/141_autres_revenus/eco-collabo-fiscal-logement-meuble.pdf

 Dois-je verser des cotisations sociales ? http://www.securite-sociale.fr/IMG/pdf/eco-social-logement-meuble.pdf