TGV : « La ligne Toulouse-Barcelone n’a pas encore donné sa pleine mesure »

L’Occitanie a un gros potentiel de clients pour Elipsos, filiale commune à l’Espagne et la France exploitant le TGV binational. Le tronçon Montpellier-Barcelone est en pleine croissance, selon Yann Monod, directeur général. Et celui entre Toulouse et Barcelone « n’a pas encore donné sa pleine mesure ». L’offensive débute face à la voiture, reine, le covoiturage et les bus Macron.

Des rames à étage pouvant embarquer 509 voyageurs contre 347, un prix d’appel à 35 euros l’aller (26 euros pour les titulaires de la carte jeunes) possible dans 90 % des trains franco-espagnols circulant entre Toulouse et Barcelone un mois avant le départ, ou encore la possibilité d’échanger ou de se faire rembourser son billet jusqu’à 24h avant le départ. Elipsos, filiale commune entre la SNCF et la Renfe, les deux compagnies nationales française et espagnole, passe à la vitesse supérieure et veut démontrer que la capitale d’Occitanie, Toulouse, 4e ville de France, « n’a pas encore atteint sa pleine mesure ». La Ville Rose est au coeur d’une conquête ferroviaire, selon Yann Monod, directeur général d’Elipsos.

Yann Monod, DG d’Elipsos, filiale commune entre la SNCF et la Renfe. Photo : O.SC.

« Toulouse est à 3 h12 de Barcelone. Et c’est une solution qui vous transporte de centre-ville à centre-ville. Elle est meilleure que la voiture pour laquelle il faut trouver un stationnement souvent onéreux et notre principal concurrent et de très loin« , indique-t-il. Les cars dits « Macron » low cost et le covoiturage arrivant ensuite.

Les ventes de places dans ces TGV binationaux, 40 000 en 2016, ont progressé de 10% par rapport à 2014,  première année de mise en circulation. « 2016 a été marquée par un attentisme dû au climat des attentats. Mais 2017 repart bien », confie Yann Monod, optimiste malgré un taux de remplissage moyen d’un peu plus de 50% dont la moitié se réalisent en juillet-août. Cette ligne a été rendue possible grâce à la volonté des deux pays de développer des liaisons  communes. Cela est passé par la construction fin 2013 du tunnel du Perthus.

Quatre TGV franco-espagnols par jour toute l’année

« En 2016, plus de 20 000 voyageurs ont réalisé l’aller-retour entre Toulouse et la Catalogne, 88% de ces voyageurs réalisant le trajet entre Toulouse et Barcelone et 12% descendant aux arrêts de Figueras ou Gérone. La moitié des voyages sur cette ligne sont effectués en juillet-août et 85 % correspondent à des voyages de loisir, avec un profil voyageur de moins de 41 ans. Sur la totalité des voyages réalisés en 2016, 59 % concernent des voyageurs français et espagnols et 41% des voyageurs internationaux. Selon l’office de tourisme de Toulouse, 42% des clients internationaux en 2016 sont espagnols, ce qui représente une hausse de 2 points par rapport à 2015. »

Toute l’année, quatre TGV binationaux par jour relient les deux villes, via Narbonne (Aude). Depuis lundi, et pour la troisième année consécutive, un TGV les relie directement mais seulement pour six mois. Elipsos a en effet rendu cette ligne saisonnière par manque de clientèle l’hiver, qui se mettra entre parenthèses fin septembre. Pour l’instant, elle n’est pas rentable. « Ces investissements-là se rentabilisent sur plusieurs années, défend Yann Monod. Mais on est sûr qu’il y a du potentiel. Le marché espagnol connaît mal les attraits de Toulouse. C’est ce que révèle d’ailleurs une enquête inédite que nous avons fait réaliser et qui est en concordance avec la perception avec l’office de tourisme de Toulouse avec lequel nous lançons des opérations de communication communes. » Et d’ajouter : « Le Montpellier-Barcelone est en pleine croissance. Montpellier est un noeud ferroviaire ; un hub de correspondances très important. C’est un gros marché. »

Analyse des commentaires sur Twitter, une première

De janvier 2016 à janvier 2017,un cabinet spécialisé espagnol, Mabrian, a analysé pour la première fois 270 000 commentaires de Catalans sur twitter et Instagram. « On a été surpris par le fait que l’Espagne, pays voisin de la France, est seulement le 3e pays à faire des commentaires sur Toulouse, derrière les Britanniques et les Américains », confie encore Yann Monod.

Parmi les touristes étrangers qui évoquent Toulouse seuls 11,5% sont Catalans (voir infographies ci-dessous). Les Catalans sont sensibles à l’offre culturelle mobilisant plus de 54 % des commentaires (au-dessus de la moyenne des visiteurs issus d’autres origines). Viennent ensuite la gastronomie, les loisirs en famille, contrairement à d’autres pays qui privilégient les loisirs nocturnes. « Le marché catalan perçoit Toulouse comme une destination avec une offre principalement culturelle, confirme Elipsos, focalisée sur les sites d’intérêt touristiques de la vieille-ville, comme le Capitole, le Pont-Neuf, le pont Saint-Pierre, la Cathédrale ou le Jardin japonais. Ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une promotion au niveau de ce marché d’une série de sites touristiques connus des Français, et des visiteurs issus d’autres pays, comme la Cité de l’Espace ou le Musée Aeroscopia, qui ne figurent pas parmi les commentaires réalisés par le marché catalan. »

Les centres d’intérêt du touriste Occitan à Barcelone

Cette fois ce sont cinq millions de commentaires qui ont été analysés! Sur le plan régional, le marché occitan est le deuxième en termes d’importance devant la région Rhône-Alpes, juste après la région d’Île-de-France. Les Occitans viennent y chercher de la culture, une offre balnéaire et les loisirs nocturnes devant la gastronomie.

Olivier SCHLAMA

  • Prix d’appel pour un Montpellier-Barcelone : 29 euros.
    Renfe – SNCF en Coopération relient 21 destinations internationales amenant le passager dans les centres-villes de Madrid, Saragosse, Tarragone, Barcelone, Gérone et Figueras en Espagne et Perpignan, Narbonne, Béziers, Agde, Sète, Carcassonne, Toulouse, Montpellier, Nîmes, Avignon, Aix en Provence, Marseille, Valence, Lyon et Paris en France. Durant toute l’année cinq départs quotidiens relient les deux pays, qui passent à six au printemps et sept durant l’été. Depuis la mise en fonctionnement de la ligne à grande vitesse franco-espagnole en décembre 2013 et jusqu’à décembre 2016, 2,5 millions de voyageurs internationaux ont été transportés.