Regards de femmes : pour voir plus loin que la journée du 8 mars

Journée des Femmes Photo Sylvie GRACIA

La Journée des Femmes, rendue officielle par les Nations Unies en 1977, fête son quarantième anniversaire autour d’une thématique centrale : Les femmes dans un monde du travail en évolution, une planète 50-50 d’ici 2030…

L’origine de cette journée s’ancre dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe et le monde occidental, au début du XXe siècle.

La création d’une Journée internationale des Femmes  est proposée pour la première fois en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, par Clara Zetkin, et s’inscrit alors dans une perspective révolutionnaire. La date n’est tout d’abord pas fixée, et ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint Pétersbourg, que la tradition du 8 mars se met en place. Après 1945, la Journée internationale des femmes devient une tradition dans le monde entier.

Photo Sylvie GRACIA

Cent ans après, la lutte continue ! Comme le souligne une vaste étude nationale publiée le 7 mars 2017 par l’Insee Références. Elle précise notamment que l’écart de salaire net moyen entre hommes et femmes en France est de 10 % à poste, âge, CV et temps de travail équivalents, ainsi que de 19 % tous emplois confondus…

Les mères consacrent deux heures par jour de plus que les pères aux activités domestiques

Pourtant, Marc Collet et Laurence Rioux de l’Insee expliquent que « les filles réussissent mieux que les garçons à l’école. Au lycée, elles s’orientent davantage vers l’enseignement général, puis poursuivent plus souvent des études dans l’enseignement supérieur, en particulier dans les cursus longs. Elles sont toutefois moins présentes dans les formations scientifiques ou sélectives. Au total, les femmes des générations récentes sont maintenant plus diplômées que les hommes »… Et pourtant : « Tous temps de travail confondus, les jeunes femmes sorties de formation initiale depuis un à quatre ans perçoivent des salaires nets médians inférieurs de 9 % à ceux de leurs homologues masculins. Ces écarts s’observent quel que soit le niveau de diplôme et sont plus marqués parmi les plus diplômés (– 14 % pour les diplômées du supérieur long) ». Pour donner une image : c’est comme si, pour une journée de travail, les femmes cessaient d’être payées à partir de 15h40 !

Et on constate que parmi les personnes avec au moins un enfant mineur dans le ménage, les femmes passent en moyenne 1 heure 34 minutes quotidiennement à s’occuper des enfants (contre 43 minutes pour les hommes) et consacrent 3 heures 13 minutes aux tâches ménagères (contre 1 heure 12 minutes pour les hommes). Même lorsqu’elles exercent un emploi à temps plein, les mères consacrent deux heures de plus que les pères chaque jour aux activités domestiques et parentales… L’égalité d’ici 2030 ? C’est pas gagné !

Philippe MOURET


 

Témoignages et initiatives en région : Sportive, chef d’entreprise, militante associative, artiste… Elles agissent.

Geneviève Tapié, militante et poil à gratter

Geneviève Tapié est présidente de l’Assemblée des femmes, Observatoire de la parité en Occitanie. « Parce que partout où il y a du pouvoir et de l’influence les femmes sont, malgré la loi, encore sous-représentées » explique celle qui se définit parfois comme « un chef de guerre » et qui souligne que « seule la volonté politique peut faire avancer les choses. Et celle-ci ne semble pas très affirmée »

Car pour Geneviève Tapié, « c’est au niveau des décideurs que ça bloque (…) dans l’opinion publique, le principe de la parité semble à peu près acquis. Mais cela dérange pas mal dans les plus hautes sphères. Et quand j’entends que l’économie du pays ne pourrait pas supporter la parité des salaires, je bondis », s’emporte-t-elle. Or comment faire évoluer les choses si la politique reste essentiellement menée par les hommes ?

« Il y a près de 700 femmes maire en Occitanie, un taux de 40% à 50% de femmes dans les assemblées… Mais dans les intercommunalités on est en-dessous de 30%, ce sont de véritables zones de non-droit de la parité », insiste l’infatigable militante du droit des femmes, qui annonce une série d’initiatives en Occitanie, dont une conférence le 24 mars à Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault) sur le thème « La parité en Politique : avancées et… inerties ». Et au mois d’octobre prochain, c’est à Saint-Affrique (Aveyron) que seront présentées les conclusions d’un dossier sur l’état réel de la parité en politique… Explosif !

Magali Fontanille, le sport pour s’exprimer

Médaillées d’argent aux Jeux Olympiques de Rio l’été dernier, les footballeuses suédoises sont très populaires dans leur pays. La fédération de football a donc décidé de surfer sur ce succès pour envoyer un message d’émancipation aux jeunes femmes du pays…

« Ne baisse jamais les yeux devant quelqu’un, sauf pour lui venir en aide », de Gudrun Schyman sur le maillot de Lotta Schelin

Pour cela, chaque membre de l’équipe a choisi une phrase inspirante issue de compatriotes connues pour leurs prises de position en faveur des femmes. Et ces citations sont aujourd’hui écrites en lieu et place de leur nom sur leur maillot, afin d’« inspirer et motiver les femmes et leur montrer que tout est possible ».

Tout est possible, c’est bien le message que fait passer l’animatrice sétoise Magali Fontanille aves une série d’initiatives baptisée « Place aux Filles ! » dont des ateliers sportifs dans le quartier de l’Ile de Thau (Sète, Hérault) le 8 mars et la projection du film Ladie’s Turn en présence de la réalisatrice Hélène Harder le 11 mars (18h, à la MJC La Passerelle). Film qui raconte, au Sénégal, le défi d’un tournoi de foot féminin au coeur des quartiers…

Marine de Beaufort, voyager équitable

Diplômée en stratégie des entreprises et en développement durable, Marine de Beaufort a démarré une campagne de financement participatif (sur la plateforme Ulule) à Montpellier avec son équipe et poursuit par une tournée de promotion sur Paris.

Marine de Beaufort. photo D.R.

Elle assiste à la remise du Trophée Femmes du Tourisme le 8 mars, et participera à la Journée de la Femme Digitale #JFD le 9, puis au lancement du club « Génération startupeuse et Women expertes » de Wirate le 13 mars.

Marine est la créatrice de la start’up montpelliéraine Voy’Agir, engagée pour le développement du tourisme durable. Elle propose des solutions innovantes sur un marché où les voyageurs indépendants peinent à trouver des offres garantissant un réel engagement. Pour cela, Voy’Agir conçoit des outils facilitant l’organisation de voyages respectueux des sociétés locales et de l’environnement : une plateforme collaborative, des guides composés d’adresses engagées découvertes par l’équipe ou par des voy’acteurs (voyageurs responsables ambassadeurs), ainsi qu’un service de recherche personnalisée.

Sylvie Gracia, un regard de femme sur les femmes

Qui mieux qu’une femme pouvait poser un regard différent et aussi poétique sur les femmes ? C’est justement le travail d’une photographe installée en Occitanie que nous avons choisi pour illustrer ce dossier, dans le cadre de la Journée internationale des Femmes.

Photo Sylvie Gracia

Entre onirisme et réalité, humour et sensibilité, les images de Sylvie Gracia sont en perpétuel mouvement, de la couleur au noir & blanc, des plages à la forêt, elle invite au voyage et à la rencontre.

Pour en savoir plus, il suffit de se rendre à Sète (Hérault), où le Bar à Lire (28, Grand’rue Mario-Roustan) présente une exposition de ses plus récents travaux. Vernissage le 10 mars avec concert du groupe Blue Vulvettes qui nous affirment : « Nous sommes deux soeurs jumelles. Mais on n’a pas le même air ni la même paire… »


Destins de Femmes… Une collection de bandes dessinées

La  Collection Grands destins de Femmes (éd. Naïves Livres) poursuit un projet ambitieux : retracer le parcours des femmes importantes à travers la bande dessinée. Les auteurs prennent en considération leur enfance, leur adolescence et des aspects peu connus de leur vie pour nous présenter ces femmes sous un jour nouveau.

Cette collection mérite d’être mise en lumière, parce qu’elle va bien au-delà de la mode actuelle du biopic en bande dessinée, pour évoquer de façon aussi ludique que pédagogique la vie de femmes qui ont su s’affirmer et bouleverser les codes de leur époque. On y trouve aussi bien Coco Chanel que Hannah Arendt, Marie Curie ou La Pasionaria, l’entomologiste allemande Maria Sybilla Mérian ou la danseuse américaine Isadora Duncan (récemment évoquée dans le films La Danseuse, de Stéphanie Di Giusto).

Comme un pendant aux deux tomes de Culottées par Pénélope Bagieu (Gallimard) cette jolie collection au format carré a toute sa place dans les meilleures bibliothèques de BD  !

Grands destins de Femmes, éditions Naïves Livres, 18 à 23 euros le volume.