Législatives : le premier marié gay de France candidat au… Canada

C’était le 29 mai 2013. Leur nom n’est pas connu. Mais leur histoire marque l’histoire. Ce jour-là, les Montpelliérains Vincent Boileau et Bruno Autin deviennent, à Montpellier, le premier couple marié gay de France, inaugurant la loi sur le mariage pour Tous, devant les caméras du monde entier.  Une loi qui avait déchaîné les passions. Quatre ans plus tard, jour pour jour, à l’heure où les homosexuels sont persécutés en Tchétchénie, devenu chef d’entreprise, et toujours ardent défenseur de la cause lesbienne, gay, bisexuel et transgenre (LGBT), Vincent Boileau-Autin, 44 ans, vit à Montréal (Canada), et se présente pour la 1er fois aux législatives dans la circonscription Amérique du Nord des Français de l’étranger, détenue par Frédéric Lefèbvre (LR). Il présente  une candidature 100%  citoyenne, dit-il.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous présenter ?

Je suis un militant, responsable associatif depuis plus de dix ans. Je me suis engagé en faveur des droits humains et des droits des LGBT. Je m’interroge depuis longtemps sur la poursuite de mon engagement et sa forme. J’ai le goût et l’envie d’œuvrer plus largement au service de l’intérêt général. Pour ce faire, j’ai donc choisi de me porter candidat aux élections législatives.

A l’heure d’une recomposition politique totale dans l’Hexagone, que peut amener votre candidature au Canada ? Qu’en espérez-vous ? D’autres membres de votre famille ont-ils déjà été élus ? Ou se sont-ils déjà présentés à une élection ?

Je ne suis pas issu d’une lignée politique, je ne suis donc pas un héritier comme certains. Ma candidature est celle de la cohérence, de la bienveillance, de la fraîcheur. Je suis un citoyen de la société civile, un citoyen de la VRAIE vie, celle vécue par la majorité des Français. Je suis donc ancré dans la réalité. Les politiques actuels en sont trop souvent coupées. Finalement qui mieux qu’un citoyen pour représenter avec justesse d’autres citoyens ?

« Il est frustrant de connaître la richesse de la société civile, de rencontrer ses talents, et de constater qu’elle demeure encore sous-représentée et quasi inexistante dans les rangs de l’Assemblée nationale »

Vincent Boileau-Autin. Photo : DR

Je sais de quoi je parle, je sais de qui je parle ! Il est frustrant de connaître la richesse de la société civile, de rencontrer ses talents, et de constater qu’elle demeure encore aujourd’hui sous-représentée et quasi inexistante dans les rangs de l’Assemblée nationale. Je dis « ça suffit » et je prends mes responsabilités par une candidature qui bouscule les vieilles barbes de la politique que l’on retrouve de nouveau dans le mouvement du président de la République.

Pourquoi vous présentez-vous aujourd’hui ?

Parce que je suis prêt, parce que j’aspire à participer à la rénovation de la vie publique et de la pratique politique. Je suis comme beaucoup lassé d’attendre des réponses des élus actuels, lassé de tant de promesses piétinées au lendemain des élections, révolté par tant de talents présent.e.s dans notre société et qui ne peuvent participer au succès de notre pays du fait d’institutions verrouillées par les élus. Je prends donc mes responsabilités en devenant acteur et non plus spectateur.

Obligation de siéger en séance et diviser par deux les indemnités parlementaires

Quel est votre programme ?

Le programme porté est vaste et ambitieux, il s’ancre dans une démarche humaniste fondée sur la cohérence et la bienveillance.
Il concerne à la fois les Français qui vivent sur le territoire nord-américain mais également l’ensemble des Français car être député, c’est défendre, protéger, représenter la France dans son ensemble.
Nous avons un gros volet sur la rénovation de la vie publique et politique. L’une des premières mesures que je porterais et à laquelle je suis très attaché sera d’initier une proposition de loi afin de réformer le code électoral afin d’élire un binôme législatif. L’idée de deux représentants élus permettra de mettre en place l’obligation de siéger en séance tout en permettant aux députés éloignés de leur circonscription d’être présent sur le territoire. Il n’est cependant pas question de multiplier les indemnités parlementaires, mais de diviser par deux l’enveloppe dédiée (c’est à dire 2 500 euros par mois), et permettre ainsi aux députés de rester au plus près de la réalité de leurs électeurs.
Je proposerai également une réforme visant à instaurer la parité au sein de l’Assemblée nationale entre élus de la société civile et professionnels de la politique.

Concernant le territoire nord-américain, je porte un programme axé sur les préoccupations des Français de l’étranger en matière d’éducation, de santé, de solidarité, de culture, de consultation citoyenne, etc.

Pourquoi au Canada et pas à Montpellier ?

J’aurais effectivement pu choisir Montpellier et faire le choix de la facilité avec une quasi certitude d’être élu. Or, je ne me bats pas aujourd’hui pour moi-même mais pour un projet, une vision, une idéologie. Même si je garde et garderai un ancrage fort à Montpellier, je vis aujourd’hui à Montréal avec mon époux, je me présente donc logiquement là où je suis.

Êtes-vous soutenu par un parti ? Pourquoi ?

Je n’ai pas souhaité concourir pour un parti. Si je suis sollicité depuis longtemps, je tiens à rester un membre de la société civile, un citoyen comme nous tous. Je veux pouvoir siéger en toute indépendance, choisir de pouvoir soutenir la majorité présidentielle ou des propositions portées par d’autres groupes parlementaires. Il faut en finir avec la pratique du « vote comme un seul homme » imposé par le parti auquel les députés sont rattachés, lesquels votes peuvent parfois même s’avérer en contradiction avec les intérêts des électeurs qui vous ont fait confiance.

Propos recueillis par Olivier SCHLAMA