Autostop organisé, autopartage, covoiturage, trams… Quelles alternatives à la voiture ?

Laurent Chapelon

Pour Laurent Chapelon, professeur d’aménagement de l’espace et d’urbanisme à l’université Paul-Valéry de Montpellier 3, spécialisé dans la mobilité et les transports, il faut porter les efforts sur les modes alternatifs à la voiture.

 

Que peuvent faire les pouvoirs publics contre les embouteillages qui étouffent nos villes ?

Il n’y a pas de solution miracle. Mais une multitude de solutions voire de micro-solutions. Le problème est particulièrement prégnant aux entrées de ville à Montpellier, ou dans les communes proches. Pendant des années, on a adapté le réseau routier à la congestion due, en partie, à l’accroissement de la taille des métropoles et la hausse continue de leurs habitants. Effet pervers, cela crée un appel d’air pour un trafic supplémentaire de voitures…

Justement, le doublement de l’A 9, à Montpellier, inauguré vendredi, est-ce une solution pérenne ? Est-ce que cela ne va pas là aussi créer un appel à plus de voitures ?

Difficile de répondre. Il y avait un vrai problème de congestion et de sécurité routière. En certains endroits, comme à la sortie Montpellier Centre, la bande d’arrêt d’urgence était rétrécie et il devenait très dangereux si vous étiez en panne et si vous deviez sortir de l’habitacle, d’être frôlé par tout ce trafic. On a certes commencé par allonger certaines sorties mais c’était insuffisant. Mais cet élargissement, qui va aussi permettre de distinguer trafic local et trafic de transit, reste une solution routière à un problème routier de congestion. Le réseau secondaire reste le même… D’autre modes de transports ne captent pas, avec cette solution, tout ce trafic.

Que préconisez-vous ?

Il faut porter les efforts sur les modes alternatifs. Même si ce n’est pas encore le cas dans les petites villes, les mentalités, dans les grandes villes, ont changé. Quatre lignes de tramway, c’est bien, à Montpellier, c’est ambitieux, mais il faut aller plus loin comme créer des pôles d’échanges multimodaux où l’on peut facilement passer de la voiture au tram, à l’autocar. Il en existe, mais il en faut davantage. L’idéal, c’est d’en avoir à chaque entrée de ville.

De la même manière, il faut développer un ensemble de solutions innovantes. Sans supprimer massivement des places de stationnement pour les voitures ou limiter leur vitesse drastiquement, il faut impérativement rendre toute leur place aux transports en commun. Créer le plus possible des lignes de tramway ou de bus à haut niveau de service (rapide, fréquent, prioritaire aux carrefours et aux ronds-points), ou de tram-bus, en site propre, comme à Nîmes. C’est une solution très intéressante et moins onéreuse qu’un tramway. Montpellier a fait le choix du tramway. Il faut le conserver et créer de nouvelles lignes pour bénéficier de l’effet « réseau » dû à la connection de l’ensemble de ses lignes. C’est assez unique en France. Le conseil départemental de l’Hérault portait aussi un projet très intéressant : créer une offre d’autocars, cofinancée dans le cadre du Grenelle 2, proposant des liaisons interurbaines à hautes fréquences entre Clermont-l’Hérault et l’ouest de Montpellier. C’est une offre directe qui ne serpente pas dans tous les villages et qui utilise la partie centrale de l’A 750. Il semble judicieux de déployer ce genre d’axes, complétant l’offre TER. C’est très intéressant pour les trajets domicile domicile-travail.

Et le covoiturage ?

Il est souvent utilisé pour faire des longues distances. De plus en plus se mettent en place. Le conseil départemental de l’Hérault en a créé le long de l’A750 mais globalement il en manque. Ils devraient être systématisés même si une étude de l’Ademe semble dire que leur utilité est partagée : le covoiturage capterait une partie du trafic TER. A Nîmes Ouest, tout le monde se gare sur le terre-plein près de l’A9  de façon anarchique… A l’entrée de Lunel, a contrario, il existe un pôle de covoiturage avec parkings. Mais encore une fois, c’est une solution auto à un problème auto…

Qu’est-ce qui peut marcher ?

Parfois, ce n’est pas grand-chose. A l’Université, à Montpellier 3, on a décidé de décaler de 15 minutes les horaires de début de cours. Eh bien, cela permet à quelque 45 000 étudiants de fac de sciences, de lettres, etc. d’arriver de façon étalée. La société s’adapte là aux contraintes. Les idées dans le domaine de la mobilité foisonnent. Il y a encore quelques verrous, quelques points de blocage à faire sauter mais la période est à l’innovation. Il y a du potentiel.

Des exemples ?

A la communauté de communes du Pic-Saint-Loup (Hérault), on a lancé le Rézopouce : c’est de l’autostop organisé. On s’inscrit en mairie – ce qui est de nature à rassurer – et on attend le conducteur participant à une borne dédiée. Cela a été créé avec l’aide de l’Ademe. C’est très innovant. Dans une commune d’île-de-France, des automobilistes engagés dans une forme de covoiturage touchent des bons cadeaux dans des stations services. Il faut sortir de l’autosolisme. Il y a beaucoup de potentiel du côté de l’autopartage. Prenez les étudiants qui, la semaine, n’empruntent pas  leur voiture. On peut imaginer de leur proposer que la société qui gère le stationnement loue leur voiture à d’autres et leur reverse de l’argent et qu’ils bénéficient aussi du stationnement gratuit. Mettre l’auto à disposition de ceux qui en ont besoin. Ce qui me paraît très important aussi, c’est la billetique : avoir un billet de transport en commun unique sur l’ensemble de la région, de sorte que l’on puisse faire un trajet partagé entre TER, bus, autocar, métro avec un seul billet. C’est de nature à lever de nombreux blocages. C’est antigalère. Enfin, il faut développer un vrai réseau de pistes cyclables. Car avec le vélo à assistance électrique, on peut faire par exemple Saint-Gély-du-Fesc-Montpellier en une demi-heure. Là, on peut prendre de la place sur les voies automobiles. Suisses et Scandinaves sont très forts dans ce domaine-là. Le schéma des mobilités à Montpellier donne ainsi sur le papier une large place à des modes dits « actifs », alternatifs à la voiture.

Les métropoles ont-elles vraiment pris en compte la problématique transports ?

Le regard a changé ces dernières années. A l’exemple de Montpellier et Toulouse, elles ont une vision plus large de la politique de transports. Toutes deux ont d’ailleurs lancé des plans ambitieux. C’est moins vrai dans les communes moyennes. A Béziers, par exemple, au nom de l’activité commerciale, on continue à vouloir faire entrer la voiture au cœur de ville.

                                          Propos recueilli par Olivier SCHLAMA