Occitanie : la grande vague du sauvetage sportif

Le sauvetage sportif. Une discipline ludique quoiqu'exigeante. Photo : DR

Finies les longueurs à ne rien faire d’autre que fixer les hypnotisantes céramiques au fond de la piscine. Les regards se tournent désormais vers le secourisme et le sauvetage sportif, en rivière, en mer et, bien sûr, en piscine. Deux disciplines en plein essor. Plus ludiques. Plus dans l’air du temps. Une grande vague. Surtout dans une région, l’Occitanie, qui trempe ses pieds dans 220 km de littoral, terrain de jeu idéal.

Une déferlante. Arrivés les beaux jours, on les jalouse presque à les voir se jeter à pleins poumons dans une Méditerranée à peine réchauffée par les premiers rais de soleil. Muscles gonflés, joues rougies par l’effort, sourires indéfectibles… Ce sont les nouveaux petits princes du sauvetage côtier et du secourisme sportif. Et la région en est l’un des porte-étendard français. Un engouement que confirme le président de la fédération régionale d’Occitanie. Serge Malvezin avance des chiffres parlants : « Ils sont en constante augmentation. Rien que la fédération de l’Hérault on compte 8000 licenciés dont 2000 pratiquants en sauvetage sportif.

Les petits sétois lors d’un stage en piscine. Photo DR

La région compte quelque 12000 licenciés dont 5 000 rien qu’en sauvetage sportif. A comparer avec les 65 000 licenciés que compte au total l’ensemble de l’Hexagone, « soit sans doute davantage que ce que compte la fédération de natation ». Rien qu’à Montpellier, on compte non plus un club mais deux avec des milliers d’adeptes ! Ce sont surtout les jeunes qui forment le gros de troupes. Comme l’indique Jessie, 42 ans, maître-nageur au club de Sète MNSL et à l’agglo de Sète, dont les deux enfants pratiquent cette discipline. « En plage, avec le kayak, le paddle, la course sur plage, etc.,le sauvetage sportif est très ludique et avec ces matériels, participe de cet engouement. » C’est un sport « vivant », dit une autre maman qui n’exige pas de faire des longueurs interminables de piscine. Il y a des épreuves en eau plate et en eaux vives avec des bouées tube, des mannequins…

« Les jeunes très demandeurs du brevet national dans une ambiance d’attentats… »

Son président, Serge Vigilante, ne dit pas autre chose : « En dix ans, on est passé de 200 à 600 adhérents. C’est phénoménal. Le sauvetage côtier est en plein boum. En piscine, on est tributaire du nombre, forcément limité, de lignes d’eau. Pas en plage », où la discipline s’épanouit. « Du coup, on a énormément investi dans les matériels », complète Serge Vigilante. Ce dernier confie encore : « Notre pôle secourisme connaît aussi un essor identique au pôle sauvetage (on a multiplié les candidats par plus de trois) pour une autre raison principale : les jeunes qui passent le brevet national en sont très demandeurs dans cette ambiance d’attentats : ils veulent avoir les bases s’il leur arrive quelque chose ; ils peuvent aussi aider n’importe qui. Ils auront appris à se servir d’un défibrillateur sans hésiter, à mettre un blessé dans la bonne position, à appeler les pompiers, etc. Sans rester comme une poule qui regarde son oeuf. En résumé, pour seulement 50 euros, on peut sauver une vie. Pas la peine de s’en passer », formule Serge Vigilante, dont le club de Sète vient de mener, avec succès, in petto, des actions de prévention dans les quartiers de la ville de Brassens.

« Au total, environ 300 jeunes passent ce brevet national chaque année dans l’Hérault (autant qu’à Toulouse) dans nos clubs mais aussi chez les pompiers ou la SNSM, le BNSSA (nageur-sauveteur) et que toutes sortes de structures (piscines, campings…) s’arrachent. Toutes celles qui ne veulent pas spécialement donner des cours ou faire entraîner une équipe de natation prennent nos diplômés à la place de maîtres- nageurs. » Il concède : « C’est une formation exigeante qui peut paraître difficile. Souvent, les jeunes s’inscrivent pour le fun et l’image véhiculée par Alerte à Malibu. La réalité, c’est que, souvent, l’eau est froide, il y a les vagues à dompter et les épreuves ne sont pas faciles. Pour autant, il manque des lieux de formation… »

Ces deux disciplines sont en plein essor. Et ce n’est pas fini : dès cet été, les tout-jeunes pourront s’y adonner à partir de six ans. Sans oublier les personnes âgées vont y participer, révèle encore ce retraité de l’hôpital public. « On développe à grande vitesse le sport pour tous pour les 60 ans et plus. C’est une manière de proposer du sport adapté (aquagym, marche dans l’eau, etc.) au plus grand nombre. Et, en six mois, on a déjà enregistré 100 adhérents ! »

Toujours 500 morts par noyade par an

Le Montpelliérain nageur de l’extrême Jacques Tuset. Photo : DR

Invariablement, l’Institut de veille sanitaire (INVS) le constate : il y a en piscine comme en bord de mer, quelque 500 morts par noyade chaque année. L’une des raisons : on ne sait de moins en moins nager. « C’est vrai, abonde Serge Malvezin. Il y a trois ans, on a battu un triste record avec 13 noyades en un week-end sur l’ensemble du littoral suite à un coup de mer. Depuis, le préfet nous engage à former davantage des nageur-sauveteurs. »

Jacques Tuset (photo),  nageur de l’extrême et président du club de Montpellier, Aqualove, (2000 adhérents au total), s’est illustré en remportant des paris aquatiques fous, souvent pour des oeuvres caritatives, mais aux risques mesurés. « Quand j’ai relié les îles-prison un peu partout sur le globe, je l’ai fait avec une assistance avec des gens qui observaient comment ça se passait et qui étaient prêt à intervenir. » Pour lui, le risque c’est décrire qu’il n’y en a pas. Il faut aborder mers et océans avec prudence. Et jamais seul, même pour faire trempette ! » C’est ce qu’il fera le 2 août des îles Saint-Marcouf (Normandie) jusqu’à l’île de Tatihou ; en Crète ; en Grèce en prenant part  à une course dans le canal de Corinthe ; en reliant l’île de Mogador au continent marocain. Ou près de Nagasaki (Japon). « Il faut remettre en tête les règles élémentaires chez les jeunes pour une prévention sérieuse des noyades », précise Jacques Tuset. « Dès que l’on veut se baigner, se renseigner sur la profondeur, les courants, la présence ou non d’un barrage qui peut relâcher beaucoup d’eau. Et bien prendre conscience que ce n’est pas parce que l’on sait nager que l’on ne risque pas de se noyer… »

Olivier SCHLAMA