Montpellier : Azelead et le poisson-zèbre défient le cancer

Laura Fontenille, présidente d'Azelead, à Montpellier, qui propose une méthode unique au monde pour tenter de bloquer l'apparition de cancers métastatiques. Photo : DR.

Son nom est biscornu, Azelead, mais l’idée est simple : empêcher la formation de métastases cancéreuses en testant des molécules sur des embryons de poissons-zèbre. La méthode brevettée de la start-up en biotechnologie, créée en 2014 et abritée par le Bic (le Business innovation center), de Montpellier et dont le labo est situé à la fac de sciences, multiplie les distinctions. « Le cancer est un enjeu majeur de santé publique : 90% des cancers métastasés se terminent par un décès », souligne Laura Fontenille, biologiste et cofondatrice d’Azelead. La communauté de chercheurs croit fortement à l’idée, unique au monde. Sanofi les accueille dans son bioparc en octobre. Les trois fondatrices ont déjà réussi à lever 400 000 euros.

Azelead, société montpelliéraine issue de la recherche contre le cancer conduite au sein de l’institut Pasteur, a créé un modèle prédictif pour prévenir l’apparition des cancers métastatiques, et ainsi aider le développement de médicaments anti-cancéreux plus efficaces et moins toxiques. Cofondée par de jeunes trentenaires Laura Fontenille, Karima Kissa et Amel Kissa (lauréates de La Tribune Women’s Awards en 2015), l’entreprise, suivie par le programme d’accélération collaboratif Start2You, vient de lever 201 000 € auprès du réseau régional de business angels Melies pour accélérer son développement. Elles ont aussi obtenu 200 000 euros de la part de la BPI (Banque publique d’investissement).

Marquage du systeme vasculaire du poisson-zèbre. Photo : DR.

Au milieu de ses armoires où patientent quelque 1500 poissons tropicaux, des zebrafishes (poissons zèbres), Laura Fontenille et ses associées caressent l’espoir, d’ici quelques années, de trouver la ou les molécules miracle pouvant empêcher les cellules d’un cancer de migrer et de former ainsi des métastases. « On sait plutôt bien soigner les cancers mais pas du tout les métastases« , rappelle Laura Fontenille, dont le père, Didier Fontenille, spécialiste mondial des moustiques, dirige l’institut Pasteur au Cambodge, et qui nous a donné un entretien il y a quelques jours.

Poisson original

Le taux d’échec des médicaments en phase clinique, en cas de métastase, est proche de 99 %, principalement en raison d’un manque de modèles précliniques adaptés. La découverte de nouveaux médicaments est donc un enjeu de santé publique. C’est précisément la vocation d’Azelead : proposer de nouveaux modèles d’analyse, très tôt dans le processus de sélection des médicaments.

« Plutôt que d’aller faire des après-midis pétanque, j’aide de mon mieux ce projet », confie Bernard Bourrie. Ancien chercheur à Sanofi, spécialiste en oncologie et membre de Melies BA qui a investi chez Azelead en 2016, il explique : « Ces chercheuses utilisent un poisson original qui apporte beaucoup de simplicité dans les tests cliniques pour évaluer les médicaments et les molécules très en amont. L’industrie pharmaceutique dépense beaucoup d’argent, parfois des centaines de millions d’euros, pour trouver une molécule et le plus souvent ça se casse la figure. La raison ? Le diagnostic arrive trop tard. En cancérologie, une perte de temps, c’est des pertes de vies. Actuellement, personne au monde, n’est capable de voir en amont la toxicité sur le sang et le système immunitaire des médicaments anticancéreux. Le grand avantage de la méthode d’Azelead, c’est que cette start-up a le potentiel pour qu’on le sache très tôt. » L’autre très grande avancée que propose Azelead, c’est de chercher des molécules les moins toxiques pour le sang et le système immunitaire.

Trois molécules prometteuses contre le cancer identifiées

C’est là qu’intervient le zebrafish : de nombreuses recherches ont démontré une conservation de près de 85% des processus biologiques entre l’homme et le zebrafish ; ce qui en fait un excellent modèle prédictif. « Ce poisson dispose d’un système qui permet de visualiser le développement puis la migration des cellules exactement comme les cellules cancéreuses. Et comme il est totalement transparent à l’état de larve, ça facilite grandement la recherche. » Ne reste plus qu’à trouver les molécules qui bloquent le processus de migration. « Nous y croyons tous. Elles ont identifié trois molécules prometteuses et travaillent avec Pascal Georges, un très grand chimiste de chez Sanofi qui a, entre autres, inventé le Stilnox », révèle Bernard Bourrie. Comme y a cru l’institut Pasteur : « La méthode a fait l’objet d’un brevet déposé par l’une des futures fondatrices d’Azelead quand elle y travaillait. Pasteur a accepté de le céder. »

Laura Fontenille : « Il n’existe aucun médicament comme nous proposons d’en créer contre le cancer métastatique »

Laura-Fontenille, cofondatrice d’Azelead. Photo : DR.

Le chercheur fonde donc beaucoup d’espoir sur la découverte de molécules qui bloquent la propagation des cellules cancéreuses. « Pour donner plus de chances de réussite aux traitements actuels, chimiothérapie, chirurgies, rayons. »  Espérant lancer une phase de tests précliniques d’ici fin 2018, Laura Fontenille renchérit : « Il n’existe aucun médicament comme nous proposons d’en créer contre le cancer métastatique. On y croit : le zebrafish a la particularité d’être transparent à l’état embryonnaire, ce qui permet de suivre les effets d’une molécule in vivo. Les organes principaux se forment durant les deux premiers jours de développement, ce qui permet de sélectionner rapidement les médicaments efficaces et non toxiques. En amont d’essais chez les mammifères, ce modèle, permet de tester un grand nombre de molécules simultanément afin de sélectionner rapidement les meilleurs candidats. »

Le cancer est l’un des fléaux de notre siècle avec 7 millions de décès chaque année, 90% étant liés à l’apparition de métastases cancéreuses, c’est-à-dire la dissémination des cellules tumorales à l’ensemble de l’organisme. A l’heure actuelle il n’existe aucun traitement efficace capable de prévenir cette progression. Dans ce contexte, Azelead a développé Zebrascreen, la première méthodologie d’imagerie des étapes précoces de la métastase cancéreuse sur l‘embryon de poisson-zèbre. Ce petit vertébré transparent permet d’analyser le processus cancéreux sur un organisme entier et en temps réel. Il est ainsi possible de cribler un grand nombre de molécules potentiellement anti-métastatiques dans un modèle physiologique.

Olivier SCHLAMA

  • Vidéo de présentation d’Azelead réalisée par Start2You.