Société : 700 km contre l’homophobie, arrivée en fanfare à Montpellier

Dans le contexte de l’affaire Hanouna, l’animateur de C8 qui a défrayé la chronique, l’exploit du journaliste, Julien Mas, 34 ans, prend un tour particulier. Le jeune homme avait fait le pari de relier Paris à Montpellier à pieds. Parti le 2 mai, il a donc traversé la France pour arriver ce 1er juin à Montpellier au siège du Refuge, dont il est un sympathisant. Le Refuge est la seule association d’aide aux jeunes gays et lesbiennes reconnue d’utilité publique. L’objectif de sa dé-marche : lutter contre l’homophobie « encore très présente en 2017 ».

La marche est à la mode. De Jean Lassalle, ex-candidat à la présidentielle qui a sillonné le pays aux habituels et de plus en plus nombreux randonneurs. Comme indique une étude du ministère du Tourisme : avec 18 millions de pratiquants, la France est le 1er marché d’Europe. Julien Mas aimerait que la lutte contre l’homophobie passe de « mode ». Que l’on n’ait plus besoin de se mobiliser. Ce qui signifierait que « c’est entré dans les mœurs ». « S’il fallait m’en convaincre, dit-il, ce périple n’aura pas été inutile vu l’ambiance qui règne encore dans le pays… »

Pour autant, ce qu’il veut retenir de ses 700 km de marche à travers le pays, alors qu’il est accueilli en musique et en fanfare sur la place de la Comédie, à Montpellier ce jeudi vers 18 heures, ce sont « ces rencontres incroyables et, à travers moi, c’est le Refuge et les jeunes expulsés de chez eux parce qu’ils sont gays ou lesbiennes, qui ont reçu beaucoup d’amour et de bienveillance. » Il ajoute : « Dans  ces territoires ruraux, ces petites villes, ce que je retiens, c’est vraiment cette bienveillance des gens que j’ai rencontrés avec des anecdotes extraordinaires… » Julien Mas va maintenant se « reposer » et, « pourquoi pas, réfléchir à pérenniser cette marche d’une manière ou d’une autre ».

Un drame pour beaucoup de jeunes

« Je suis gay. J’habite Paris et je bosse à la TV. Je bénéficie donc un environnement privilégié. Ce n’est pas le cas de tout le monde.  » Julien en a pris pleinement conscience en effectuant une immersion sur ce thème en interrogeant pour un documentaire des jeunes rejetés par leur famille, juste parce qu’ils étaient homosexuels. » Parfois, dit-il, « à peine majeur – c’est encore des gamins !- ils vivent un drame en étant mis à la porte de chez eux du jour au lendemain… ça m’a beaucoup touché.  » Comment lui est venue l’idée d’une marche ? « C’était une période où je courais beaucoup ; après, une belle perf’ sur une longue distance, je me suis dis : « mais quel est l’intérêt de faire ça sans but  ? C’est tout naturellement, est née cette idée de relier Paris à Montpellier, siège du Refuge. En plus, je vais passer par pas mal d’endroits où justement le Refuge n’est pas présent. »

L’Association le Refuge vient en aide aux jeunes victimes d’homophobie.

Pour cela, il est entré en contact avec les mairies des villes traversées pour y organiser des rencontres en s’appuyant sur le documentaire « Homosexualité : du rejet au Refuge », réalisé par Sonia Rolland et Pascal Petit, au sein même de l’association.

Vingt-six communes traversées

Lors de cette marche, Julien sera passé par vingt-six communes. « Mon but est d’échanger avec des citoyens, jeunes et parents, tout au long du parcours sur ce sujet sensible et parfois compliqué à aborder ce qu’est l’homosexualité », explique ce journaliste et réalisateur télé, né à Pessac (Gironde).

La marche, un temps de « méditation ».

« Il ne s’agit nullement de faire la morale. Mais vraiment d’être au contact de la population et d’échanger. En 2017, il est encore trop souvent délicat et compliqué d’aborder le sujet de l’homosexualité. Bien sûr, je me suis posé la question de la légitimité et puis, l’été dernier j’ai eu le déclic en regardant une interview de Nicolas Nouguier, directeur du Refuge qui expliquait être inquiet d’une recrudescence de jeunes homosexuels mis à la porte de leur famille. C’est dû aux terribles conséquences négatives de la loi sur le mariage pour tous… » Et puis la marche, pour ce jeune homme, c’est un temps en dehors du temps, un moment privilégié de « méditation ». « On a huit heures devant soi pour penser à soi-même et désormais aux autres. »

Olivier SCHLAMA

La vidéo du Refuge : https://youtu.be/8UNE91KYTm8

Le Refuge est la seule association de lutte contre l’homophobie reconnue d’utilité publique et l’unique structure en France conventionnée par l’Etat à proposer un hébergement temporaire et un accompagnement aux jeunes majeurs victimes d’homophobie.  Elle vient d’ouvrir deux nouvelles structures  en Guyanne et au Havre. L’association a reçu 651 demandes d’hébergement en 2016 contre 468 en 2015.