Libertine : Être une femme libérée, c’est toujours pas si facile

« La femme est tout sauf un objet et elle peut enfin choisir qui elle veut être, sans barrières pour l’arrêter » … Les femmes ont mis des siècles pour obtenir une réelle indépendance dans un monde longtemps soumis aux diktats masculins. Et c’est aussi pour leur corps qu’elles se sont battues. Tandis qu’une polémique agite le milieu universitaire à Toulouse, rencontre avec Océane, une jeune trentenaire, qui s’affirme comme « une femme libérée »… Libertine !

Lorsque vous étiez plus jeune, comment était perçu le sexe dans votre entourage ?

J’ai grandi dans une famille aux valeurs chrétiennes. Mes grands-parents sont d’origine italienne et ils ont tous les deux des convictions religieuses. Mes parents, eux, beaucoup moins. Mais le sexe était un sujet tabou dans la famille. J’ai dû tout “apprendre” toute seule, que ce soit au niveau des changements physiques à l’adolescence ou bien la question de l’utilisation ds préservatifs ou de la pilule. Ma mère ne m’a jamais emmenée chez le gynéco. C’était un monde mystérieux et secret pour moi, donc difficile à appréhender. Je ne savais pas où je m’aventurais. J’avais seulement l’impression que pour ces questions la femme se “soumettait”, en quelque sorte; à l’homme. C’est ce qu’on voyait dans la plupart des films ou des livres.

Aujourd’hui, vous êtes libertine, quel a été votre déclic pour faire ce choix et vous assumer pleinement ?

Je me suis longtemps cherchée au niveau de mon corps et de mon plaisir. Je ne connaissais pas mon corps, je ne savais pas de quoi il avait besoin. Alors je n’ai pas hésité à pousser ma curiosité plus loin, pour découvrir ce qui me comblait. Je suis d’une génération où c’est plutôt simple de mener une enquête, il suffit de taper quelques mots sur Internet. L’acception est par contre beaucoup plus compliquée. Comment s’accepter alors que les femmes de mon entourage ont des rapports dits “classiques”, avec un, voire deux partenaires maximum. Aujourd’hui, je m’assume en tant que libertine. Je ne me cache plus et je prends beaucoup de plaisir. Une femme ne devrait pas avoir honte de prendre du plaisir. Et le féminisme a joué un rôle dans cette liberté. Une femme devait être à l’homme, objet de ses caprices. Aujourd’hui, une femme fait ce dont elle a envie et je passe les portes des clubs libertins sans baisser la tête.

Comment les autres perçoivent ce statut, ce milieu ne reste-t-il pas encore tabou en France ?

Le féminisme a fait aussi que la femme peut garder des secrets, elle n’est pas obligé de se confesser pour tous ses faits et gestes. La sexualité est son jardin secret, c’est sacré pour elle, en tout cas pour moi, car je prends enfin mes propres décisions. Mais c’est vrai qu’en parler fait aussi du bien. Partager ses expériences sans jugement est quelque chose de très plaisant. Je ne dirais pas que le libertinage est très bien vu. Il y a toujours cette connotation de “femme facile”, qui ne peut s’empêcher de sauter sur tout ce qui bouge. Mais les moeurs changent et mes copines sont curieuses de savoir ce que je fais. Il y a de la gêne au début, parfois une réticence assez violente. Mais c’est souvent parce qu’elles n’osent pas se libérer des clichés qu’on nous impose. Les femmes doivent effacer des années de conditionnement et le sexe est une bonne thérapie pour ça.

Quelles sont les autres pratiques qui, selon vous, révèlent ainsi cette forme de liberté acquises par les femmes ?

Il y a de nombreuses pratiques sexuelles et sans doute beaucoup que je ne connais pas. On voit de plus en plus de femmes et d’hommes, car cette liberté passe aussi par le sexe opposé, qui s’essayent aux jeux de domination et de soumission. Et la femme n’est pas systématiquement dans la soumission. Mais si elle peut ainsi choisir d’être “soumise”, elle a tout gagné. Elle passe outre les critiques et les commérages et elle choisit de son plein gré d’assumer qui elle veut être, avec qui elle veut être. Ce n’est pas l’homme qui le lui impose. C’est un grand pas pour la femme et il n’y a pas besoin de pratiques particulières. Pour moi, une femme qui se libère et qui accepte simplement ses désirs, est une féministe.

Comment ressentez vous les commentaires sur l’objetisation de la femme, ou l’avis de ceux qui peuvent définir une femme, pour vous « libérée », comme une « salope » ?

Ce mot, “salope”, est bien trop souvent malmené. Certaines femmes que j’ai rencontré se définissent elles-mêmes par ce mot. Et celui-ci n’arien de péjoratif dans leur bouche. Elles apprécient le sexe, aime changer de partenaire et diversifier les pratiques. Pour elles, une femme doit pouvoir être une « salope » au lit si elles en ont envie et je suis assez d’accord. Il faut arrêter de nous mettre dans des cases. Une femme peut tout aussi bien être la plus gentille et dévouée mère de famille et une adepte de l’échangisme. La femme est tout sauf un objet et elle peut enfin choisir qui elle veut être, sans barrières pour l’arrêter.

Propos recueillis par Fanny RIGAL

Polémique à Toulouse : Une Lettre ouverte et une pétition, viennent d’être récemment adressées à la direction de l’Université Toulouse Jean-Jaurès pour protester contre l’attribution du statut de professeur émérite à l’enseignant-chercheur Daniel Welzer-Lang, par le Collectif de Lutte Anti-Sexiste et Contre le Harcèlement sexuel dans l’Enseignement Supérieur et la recherche.
Daniel Welzer-Lang est sociologue, spécialiste des sexualités contemporaines, professeur, auteur de nombreux livres dont Propos sur le sexe, Nous les mecs, essai sur le trouble actuel des hommes ou Masculinités, état des lieux. Dans le premier de ces ouvrages, il souligne : « La structure conjugale a poursuivi son évolution. Sans atteindre encore l’égalité totale entre hommes et femmes, la marche vers l’égalité a continué. Non seulement les rapports sociaux de sexe se transforment encore, mais leur articulation avec les appartenances sociales et générationnelles a aussi évolué. » (p. 164) et l’auteur évoque au sein des couples, plus jeunes et utilisant facilement les réseaux sociaux, une volonté plus égalitariste  visant à « faire évoluer la structure conjugale en dépassant l’exclusivité sexuelle tout en pouvant s’affirmer comme fidèles » (p. 212).