L’entretien : Les portraits culottés de Pénélope Bagieu

Pénélope Bagieu, auteur de BD © Manuel Braun

Rappeuse afghane, marathonienne américaine, reine des brigands ou journaliste d’investigation… Les héroïnes de « Culottées 2 », par  Pénélope Bagieu, ont su faire voler en éclats les préjugés de leur époque… C’est de Seattle, l’une des étapes de la promotion aux Etats-Unis de son précédent album, « California Dreamin » (l’itinéraire intime de Cass Elliot, la voix et l’âme du groupe “Mamas & Papas”), que la blogueuse et artiste de BD a répondu à nos questions…

Comment avez-vous trouvé et choisi ces héroïnes du quotidien ou méconnues ?

Elles sont très faciles à trouver : en réalité, elles sont partout, même si elles ne sont jamais le sujet principal ! Ce sont souvent des personnages de second plan dans la biographie de quelqu’un d’autre…

Quel a été, pour vous, l’intérêt de ces portraits en seulement huit pages, après les 300 de California Dreamin ?

L’idée n’était pas de livrer une biographie exhaustive, mais plus de donner envie au lecteur d’en savoir plus sur chacune d’elles. J’ai essayé de livrer des portraits très divers, dans leur époque, leur culture, leurs engagements.

Etait-ce important pour vous de montrer qu’au-delà des grandes figures emblématiques, il y a aussi ces femmes qui ont sur faire évoluer les mentalités dans leur environnement, bousculer les traditions ?

Bien sûr, surtout que chacune d’elle a cherché avant tout à simplement vivre la vie qu’elle voulait. Elles n’ambitionnaient pas de changer le monde, même si en prenant leur propre destin en main, elles ont sans le savoir fait bouger les lignes pour toute la société.

Après les grands classiques de la BD où les femmes étaient quasiment absentes ou de simples faire-valoir, les personnages féminins  sont de plus en plus nombreux, juste retour des choses pour la moitié de l’humanité. Comment analysez vous cette évolution ?

Eh bien c’est une profession qui se féminise, et surtout un lectorat qui se féminise, particulièrement chez les plus jeunes lectrices. D’ici quelques années, je suis sûre qu’il y aura autant de lectrices que de lecteurs. Et avec l’émergence de personnages féminins forts et charismatiques, les lecteurs hommes n’auront plus aucun mal à s’y identifier, on viendra à bout du « masculin neutre » dans la bande dessinée.

Les belles grandes doubles planches intercalées entre les récits, que représentent-elles pour vous ? Une respiration ?

On peut même dire une récréation, oui. Le format et le rythme de ces histoires, que je publiais tous les lundis sur le site du Monde, ne me permettaient pas vraiment de m’attarder sur chaque portrait, alors que bien souvent, ils se déroulaient à une époque et dans un cadre qui me donnait très envie  de grands décors pleins de couleurs. C’était un peu pour apaiser cette frustration ! Et puis effectivement, respirer entre des histoires diamétralement opposées, et que l’ensemble reste digeste

Pourquoi vous être aujourd’hui installée à New York ?

Pour faire une parenthèse, le temps de la promo de mes albums ici, avant de rentrer l’année prochaine. Autant profiter de pouvoir travailler de n’importe où !

Comment percevez-vous l’ambiance aux Etats-Unis depuis l’élection de Donald trump ?

Très contestataire, et très révoltée. Ce serait formidable d’assister au même soulèvement en France.

Comment est reçu California Dreamin aux Etats-Unis ?

Eh bien, il est sorti aujourd’hui (pour la Journée Internationale des Droits des Femmes), alors je croise les doigts ! En tout cas, j’ai des signatures dans plein de villes américaines, je voyage, c’est une expérience super.

Quels sont vos projets ? Envisagez vous un troisième tome pour Culottées ?

De la fiction ! Je n’ai fait que lire des autobiographeis et de la documentation hyper sérieuse pendant un an, j’ai envie d’un peu de fantaisie et d’extraordinaire !
Propos recueillis par Philippe MOURET