Le lait bio, les hoquets de l’or blanc en Occitanie

La demande pour le lait bio explose partout en France, y compris en Occitanie, première région de France en matière d’agriculture biologique. Du coup… on est en manque !

C’est l’histoire d’une mère de famille montpelliéraine qui va au supermarché pour faire le plein de lait pour sa petite famille. Sensibilisée à la préservation de la planète et à la santé environnementale, elle achète toujours du lait bio… Pour préserver au maximum ses enfants des résidus d’antibiotiques ou de pesticides qu’on trouve dans les laits issus de l’agriculture conventionnelle. Elle en achète même en grande quantité, de cet ingrédient parfois décrié pour des allergies au lactose, mais qui apporte cependant une grande diversité de nutriments essentiels, de protéines, de minéraux dont le calcium.

Oui mais voilà… Le rayon du lait entier bio est vide. Et, cette pénurie dure encore. Partout. Dans différentes grandes surfaces de la région et d’ailleurs, quelle que soit la marque. Alors, « coup commercial » des professionnels du secteur ou conjonction de différents facteurs ?

D’où vient le lait ?

Explorons le circuit du lait. De l’herbe, une vache, un éleveur, un collecteur de lait, un conditionneur-transformateur, un distributeur, un vendeur : la chaîne du lait du pis de la vache jusqu’au bol est longue. Notre mère de famille se tourne d’abord vers les gérants des magasins de grande distribution. « Oui, le lait et les œufs bio manquent en France.  Je ne reçois qu’une livraison sur cinq », lui répond un gérant de magasin Carrefour Marché.

Elle contacte ensuite les services consommateurs des hypermarchés et des industries laitières. Certaines réponses ne font qu’amplifier ses questions (« Nous rencontrons actuellement des ruptures de stock de lait bio, et pour le moment, nous n’avons pas de date précise de retour à la normale », lui répond le service consommateurs de Casino), quand d’autres commencent à lui apporter des réponses.

Ainsi, selon le magasin Carrefour de Lattes (Hérault), cette pénurie majeure, d’oeufs et de lait bios est essentiellement due à « une forte hausse de la consommation, qui n’a été que peu prise en compte par les producteurs. La hausse de production prend un certain temps, dans l’immédiat les fournisseurs ont diminué le nombre de références de lait Bio (écrémé, entier au profit du 1/2 écrémé). Les approvisionnements sont contingentés au niveau des enseignes par les marques , et pour l’instant nous n’avons pas de vision sur un retour à la normale ». Les « marques », justement, qu’en disent-elles ?

Le service consommateurs de Lactel précise qu’au-delà de la forte consommation de lait bio, « les conditions météorologiques peu favorables engendrent une moins bonne collecte depuis l’été dernier ». En effet, dans l’Ouest de la France, grande productrice de lait, l’été et l’automne 2016 furent globalement trop secs, ce qui a empêché la pousse de l’herbe dans les prés, si bien que les vaches laitières, moins nourries, ont produit moins de lait dans les fermes bio, car ce sont ces exploitations qui sont le plus sensibles aux conditions météorologiques : les vaches n’y sont nourries que d’herbe et de fourrage, et pas de compléments alimentaires ni de tourteaux de céréales,comme dans les élevages conventionnels.

Le lait bio a la cote

Tous produits labellisés AB confondus, les Français en consomment de plus en plus : si 4 Français sur 10 déclaraient en consommer régulièrement (au moins une fois par mois) il y a 5 ans, ils sont maintenant 7 sur 10. Ce sont les fruits et légumes bio qui sont le plus consommés, viennent ensuite les produits laitiers, puis les œufs. Le nombre d’agriculteurs Bio augmente lui aussi (32 000 producteurs Bio en France soit une augmentation de 12 % en un an), mais cela concerne à peine 7% des fermes françaises selon le baromètre Agence Bio / CSA de février 2017.

En 2015, la collecte de lait issu de l’agriculture biologique (AB) de vache, très dynamique, progresse de 6,9 %, moins fortement qu’en 2014 (+ 8,7 %). La part de lait AB de vache représente 2,3 % de l’ensemble des volumes de lait de vache, selon  l’enquête annuelle laitière 2015 du Ministère de l’agriculture, Agreste. A la différence du conventionnel, la grande part du lait bio est transformée en laits de consommation et non en fromages (27,5% du lait bio contre 11% en conventionnel. http://www.produitslaitiersetviandebio.com).

Comme deux tiers des Français souhaitent plus d’information sur l’origine géographique des produits biologiques qu’ils consomment (Baromètre Agence Bio de février 2017), l’heure semble être à la forte incitation à la conversion ou l’installation en bio d’éleveurs. Les industriels de l’agro-alimentaire, voyant un boulevard commercial pour ce type de produits (les ventes de produits bio se montent à 7 milliards d’euros en 2016, source : Baromètre Bio février 2017), ne s’y trompent pas – et c’est tant mieux ! – lorsqu’elles encouragent cette agriculture plus respectueuse de l’environnement, mais également de la santé des agriculteurs puis des consommateurs.

Ainsi, Lactel annonce que leur société accompagne « 131 producteurs de lait dans leurs conversions à l’agriculture biologique, ce qui permettra de répondre à la forte demande dans les mois à venir. » Les mois ? C’est sans doute un peu trop optimiste, car une conversion en Bio dure 2 ans… alors il reste à espérer que la météo de 2017 soit également plus favorable à la pousse de l’herbe.

Encourager les éleveurs locaux

L’Occitanie est la première région française en termes de nombre de producteurs bio, toutes filières confondues (7 727 producteurs ), et c’est également celle qui a connu le plus grand nombre de conversions vers l’agriculture Bio en 2016. Cependant, l’élevage est loin d‘être le secteur agricole majoritaire en Occitanie, puisque l’on y trouve seulement 2818 vaches laitières dans des fermes biologiques en 2015, dont près de la moitié se trouvent dans l’Aveyron, selon l’Agence Bio.

En revanche, contrairement à d’autres produits bio, c’est presque 100% du lait bio consommé en France qui est produit dans notre pays (source : Agence Bio). Alors, à l’heure des circuits courts, nos mères et pères de famille peuvent tous devenir acteurs et contribuer, à leur niveau, au retour du lait bio dans les rayons. Par exemple, des associations comme Terre de liens (www.terredeliens.org) permettent à chacun de « faire pousser des fermes », et entre autres… du lait… en favorisant l’installation de jeunes agriculteurs. Toujours selon l’Agence Bio, la filière du lait bio attend une croissance de la collecte de l’ordre de 30% d’ici 2018. Une exploitation agricole bio, c’est plus d’emplois locaux, une meilleure santé, un environnement préservé, une biodiversité enrichie… et du lait bio dans les bols des jeunes générations !

                                                                      Anne Fromage-Mariette