La conquête de l’espace vue par le cinéma

« Espace, frontière de l’infini… » En quelques mots, la voix off qui ouvre les épisodes de la série Star Trek a résumé l’éternelle fascination des artistes pour la conquête spatiale. De Jules Verne à Hergé la lune, d’abord, a nourri bien des inspirations. Et Mars, depuis La guerre des Mondes de H.-G. Wells, est au coeur d’une fabuleuse bibliographie. Quant au cinéma…

Tout commence en 1902 avec Le voyage dans la Lune de Georges Méliès. Le Français ne cache d’ailleurs pas l’influence de Jules Verne et de son roman De la terre à la Lune. En ce début de XXe siècle, l’aventure astrale fascine déjà le public. Un projet un peu fou que celui de Méliès qui investit une véritable fortune pour l’époque et inaugure de nouvelles techniques. Il fait, notamment, colorier les copies de son film, image par image ! Le succès est phénoménal et met le cinéma de « science-fiction » sur orbite.

Il faudrait un dictionnaire complet pour établir la liste des films dont l’espace infini est le décor. Mais contentons nous d’une liste limitée de la dizaine de films qu’il faut avoir vu pour mieux connaître la conquête de l’espace. En commençant bien sûr par le chef d’oeuvre de Stanley Kubrick (1968) : 2001 : L’Odyssée de l’espace. Pour certains, l’un des plus grands films du XXe siècle. Et même ceux qui ne partageraient pas cet avis ne peuvent que s’incliner devant la minutie du réalisateur pour réussir une oeuvre la plus crédible possible. S’entourant d’une foule de conseilleurs techniques, dont un bon nombre de la Nasa, Kubrick mêle une poésie cinématographique d’exception à une réalisation aussi sérieuse que précise…

Guerre Froide et course vers les étoiles

Presque vingt ans plus tôt, l’équipe de l’américain Irving Pichel avait également fait preuve d’un grand sérieux pour élaborer l’aspect scientifique de Destination Moon (1950) qui obtiendra d’ailleurs l’Oscar des meilleurs effets visuels. De ce grand classique de la S.-F., qui n’échappe pas toujours à un accent documentaire, on retiendra notamment la partie en dessin animé, qui voit WoodyWoodPecker expliquer les techniques d’un voyage vers la Lune et les scaphandres fortement colorés des astronautes débarquant sur le satellite de la Terre.

De ces merveilleuses 50’s on retiendra aussi, en passant, La conquête de l’espace (1955) de Byron Haskin, avec sa roue orbitale -que l’on retrouve dans 2001- et les tentatives de jardinage des astronautes sur Mars… Et bien sur, le purement fantaisiste mais inoubliable Planète Interdite, un an plus tard, réalisé par Fred Mc Leod Wilcox, ses voyageurs de l’espace vêtus en marins, les charmes d’Anne Francis et bien sur (!) Robby le robot. Parviendra-t-on un jour jusqu’à Altaïr IV ? Mystère, mais on peut toujours s’embarquer pour 98 minutes en compagnie de l’équipage du croiseur spatial C-57D…

Ce que l’on oublie trop souvent, c’est qu’à cette époque de Guerre Froide, les Etats-Unis ne sont pas seuls à regarder vers les étoiles. La « Nouvelle Frontière » de John F. Kennedy fait aussi rêver de l’autre côté du Rideau de Fer. Et les Soviétiques aussi ressentent L’Appel du Ciel (Nebo Zovyot en 1959, Alexandre Kozyr et Mikhaïl Karioukov ). Ce film, l’une des grandes réussites du cinéma russe de S.-F., raconte (propagande oblige) le sauvetage de l’équipage d’une navette spatiale américaine par des cosmonautes russes… On peut noter pour la petite histoire que de nombreuses scènes spatiales de ce film, racheté par les Américains, furent utilisées par le jeune Francis Ford Coppola dans son film Battle beyond the Sun (1963).

Depuis le lancement de Spoutnik le 4 octobre 1957, l’Union soviétique est comme chez elle dans le ciel. Plusieurs films viennent le confirmer : de La planète des tempêtes (1962) de Pavel  Klushantsev au très métaphysique Solaris (1972) d’Andreï Tarkovski d’après un troman éponyme de Stanislaw Lem, dont Steven Soderbergh a livré sa version hollywoodienne, avec George Clooney, en 2002. Sans oublier la production d’une autre République populaire avec Ikarie XB-1 (1963) du tchécoslovaque Jindrich Polàk. Les plus curieux peuvent se procurer la copie ressortie en avril dernier et découvrir ce film dont Julien Foussereau (dans la revue ZOO) souligne l’influence sur Kubrick ou Ridley Scott, excusez du peu !

Héros, complots et patates sur Mars

C’est toutefois Outre-Atlantique que le genre s’épanouit. Chaque décennie apporte ses étoiles cinématographiques. Et le cinéphile peut ainsi redécouvrir l’histoire de la conquête spatiale en suivant l’histoire des missions Mercury dans les 60’s avec L’étoffe des Héros (1983, Philip Kaufman) ou la précarité des missions Apollo : l’excellent Apollo 13 de Ron Howard (1995). La propagande avec Tom Hanks c’est tellement positif !!! Positifs, mais non sans ironie, sont aussi les Space Cow-Boys (2000) de Clint Eastwood et son clin d’oeil vintage.

Nettement moins positifs, mais à déguster sans modération, le Capricorn One (1978) de Peter Hyams ou Apollo 18 (2011) de Gonzalo Lopez-Gallego. Mystères, complots, secrets… toute la face cachée de la Lune ! On pourrait continuer des heures, mais la terre tourne, il va bien falloir conclure. La conquête de l’espace est revenue sur le devant des écrans ces dernières années, avec par ordre d’apparition Gravity (2013, Alfonco Cuàron) plein d’émotion en compagnie de Sandra Bullock et George Clooney, l’écologique Interstellar (2014, Christopher Nolan), Matt Damon cultivant des patates Seul sur Mars (2015, Ridley Scott) ou Jennifer Lawrence et Chris Pratt comme Passengers (2016, Morten Tyldum)… Dernier en date, Les Figures de l’Ombre de Théodore Melfi  (2017), qui révèle le rôle, essentiel pour la conquête spatiale américaine, tenu par trois scientifiques afro-américaines dans les années 50. Alors installez vous bien, attachez votre ceinture et… Bon voyage !

Philippe MOURET