Homophobie : Le fondateur de Meetic sauve la ligne d’écoute du Refuge

Le Refuge a créé une ligne téléphonique d'écoute sept jours sur sept avec onze bénévoles et une coordinatrice. En 2016, ce sont plus de 1 000 heures d'appels cumulées ! Capture d'écran d'une vidéo du Refuge : O.SC.

La ligne nationale d’écoute du Refuge, association d’aide aux homosexuels, bi et trans, et de lutte contre l’homophobie, dont le siège est à Montpellier, a failli être coupée, faute d’argent : une subvention du ministère de l’Intérieur a été supprimée. Le Refuge, seule association reconnue d’utilité publique en France, a lancé avec succès une pétition en ligne et une campagne sur les réseaux sociaux, doublées d’un geste fort de Marc Simoncini, fondateur du célèbre site de rencontres Meetic, de verser 20 000 euros de ses propres deniers, a pu sauver cette ligne d’urgence. D’autant que l’Etat, via  la secrétaire d’Etat à l’égalité homme-femmes, Marlène Schiappa, en promet autant. Soulagement pour au moins une année.

C’est l’équivalent des urgences d’un hôpital – sa véritable porte d’entrée -qui a failli être supprimé d’un trait. « Supprimer la subvention, indique-t-on auprès du Refuge, serait revenu à sacrifier le poste de coordinatrice salariée de la ligne nationale d’écoute, essentiel car la ligne ne peut être tenue par les seuls bénévoles. » In extremis un don du fondateur de Meetic et une promesse du gouvernement de ne pas couper cette petite ligne budgétaire permet à cette ligne d’écoute du Refuge (06 31 59 69 50), existant depuis 2013, d’être financée pour au moins un an. Et ce n’est pas roupie de sansonnet : chaque année, cette ligne, c’est plus de 1 000 heures d’appels cumulés, plus de 66 500 SMS qui y écrivent toute la détresse de ces adolescents. Et qu’il faut écouter, réconforter et parfois aider grâce à des des prises en charge.

L’équipe du Refuge, dont le siège est à Montpellier, qui aide les jeunes homosexuels, bi et trans en rupture avec leur famille. Photo : DR.

Le président du Refuge, Nicolas Noguier, confirme que le financement du dispositif d’écoute de l’association d’aide aux jeunes LGBT semble assuré pour l’année. Jeudi 7 septembre dernier, deux administrateurs bénévoles du Refuge lancent une pétition en ligne pour réclamer le rétablissement de la subvention annuelle de 20 000 euros du ministère de l’intérieur, dont ils viennent d’apprendre la suppression.  Résultat : un coup de tonnerre : « En quatre jours, 4 000 personnes ont noirci la pétition », confie Nicolas Noguier. Un SOS qui a particulièrement ému Marc Simoncini, fondateur de Meetic et PDG de Sensee, qui annonce alors au président du Refuge un don personnel de 20 000 euros. « L’Etat ne peut plus tout, le privé peut et doit parfois prendre le relais », commente le chef d’entreprise qui s’est refusé à commenter davantage sa générosité.

Logement d’urgence et tentatives de suicide

« Quelques heures après, alors que la mobilisation s’amplifie sur les réseaux sociaux, la secrétaire d’Etat à l’égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa, annonce sur Twitter que la subvention sera finalement prise en charge par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH). Pour aider les jeunes victimes de l’homophobie.

« Nous sommes en septembre. Le financement 2017 a été confirmé par un tweet… Je ne sais pas quand la somme sera réellement versée mais le prompt et généreux soutien de Marc Simoncini est providentiel, commente Nicolas Noguier. Nous lui en sommes extrêmement reconnaissants. » Il ajoute :  » C’est une ligne nationale qui fonctionne 24h sur 24h et 365 jours par an. Elle est coordonnée par une salariée et relayée par onze bénévoles écoutants, formés à l’écoute et capable de gérer les urgences. Vers un travailleur social, par exemple. Souvent, c’est une problématique de logement d’urgence qui est à traiter. Et également des tentatives de suicide. Le coût annuel du dispositif d’écoute du Refuge s’élève à 40 000 €. Pour nous, c’est un budget non négligeable », commente encore Nicolas Noguier, président du Refuge qui dispose d’un budghet annuel de 1,4 million d’euros.

En 2016, 1 094 jeunes LGBT ont appelé la ligne ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 heures. Au 5 septembre 2017, l’association enregistre déjà 1 114 appels – et 607 jeunes ont déposé une demande d’hébergement –  soit déjà davantage que pour toute l’année 2016 ; soit autant là aussi que pour toute l’année 2016, alors qu’ils reste plus de trois mois avant la fin de l’année. Enfin, l’an dernier l’association a pu répondre favorablement à une demande de 20000 nuitées.

Demandes en hausse, homophobie larvée

L’équipe du Refuge mobilisée depuis des années pour aider les jeunes homosexuels, notamment ceux mis à la porte par leur famille. Photo: DR

Pourquoi la demande auprès du Refuge est-elle en hausse ? « D’abord, le Refuge est de plus en plus connu ; ce qui fait que l’on fait de plus en plus appel à nous ; il y a aussi de plus en plus de révélations de situations de souffrance. Et encore, nous n’en voyons qu’une faible partie : la plupart des adolescents fait appel au système D. » Il poursuit : « Sur le plan de l’évolution de la société, ça va mieux pour les non-hétérosexuels.  Quand on demande à quelqu’un dans la rue : « Si tu as un enfant homosexuel, comment réagiras-tu ? » La grande partie répond que ça ne le dérangerait pas. Ce n’est pas grave. Mais quand ça arrive vraiment dans une famille, ce n’est pas aussi simple. Il y a peut-etre souvent une homophobie larvée, beaucoup moins révélée et dite qu’on ne le croit. En famille, il y a encore un autre regard… Or, ce n’est pas une maladie !  »

Olivier SCHLAMA

  • Au total, l’association le Refuge a enregistré, en 2016, 2 965 appels, dont 1114 provenant de jeunes LGBTQI, prouvant que la demande est en hausse par rapport à l’an passé : en 2016, 1 094 jeunes LGBTQI avaient appelé le Refuge.
    Sur les 1 114 jeunes, 607 ont appelé pour une demande d’hébergement, 251 pour de l’écoute, 204 pour être orientés (soutien, autre structure…), 35 avaient besoin d’un suivi psy et 17 « autres demandes ».
  • Les délégations ont accueilli 230 jeunes en hébergement et 151 en suivi de jour. [hébergement 2016 : 229 jeunes, sur 301 jeunes accompagnés].

Le Refuge a mis en ligne une vidéo de sensibilisation : https://www.le-refuge.org/actualites-presses/actualite-nationale/item/videos-spots-appels-aux-dons-2017.html