Hérault : des retraités érigent un hameau solidaire !

C’est une très belle histoire. Celle d’un groupe de retraités qui s’est mis à réfléchir à la fin de vie et au lieu où ils aimeraient vivre, passée leur carrière professionnelle bien remplie. Ils sont sur le point de réussir un pari fou : créer quatorze maisons avec des services communs à partager. Pour rompre l’isolement. La dépendance. Et rester ouvert sur la société.

Incroyablement punchy et courageux, ces enfants du baby-boom n’ont pas vieilli. Ils ont même gardé leur esprit de partage soixante-huitard, surmontant obstacles et difficultés administratives une à une depuis… huit ans ! Monique Robin a 68 ans. Cette ancienne infirmière, qui a exercé pendant 40 ans, vient de vendre sa maison de Clermont-l’Hérault. Elle va provisoirement habiter dans un gîte puis dans un mobil home à Soubès, village d’un millier d’habitants, près de Lodève, le temps que leur hameau qui porte le joli nom de Coquelicots, réservé aux retraités, sorte de terre. Que cette belle utopie solidaire de 4 000 m2, construite autour du double concept de l’autonomie et de la solidarité, prenne forme. Un projet pour Contre « l’infantilisation », la « perte de repères accélérée en maisons de retraite ». Et pour un « avenir qui ne soit pas une fin de vie ». Un projet unique, tourné vers la vie.

Ce hameau se composera de douze maisons individuelles, des T2 de 50m2 et des T3 de 60m m2, à loyer modéré (plus deux autres à louer à d’autres familles) pour autant de ménages retraités, de 61 ans à 83 ans. Les Coquelicots, qui a déjà coulé ses fondations, comprend également une salle polyvalente et trois chambres, également à louer pour recevoir familles et amis. Mieux, les futurs résidants ont imaginé ces logements et espaces communs aux normes écologiques : ossature bois, du chaume pour l’isolation, un chauffage faisant appel à la géothermie et panneaux photovoltaïques sur les toitures des parkings pour production d’eau chaude. L’ensemble, espèrent-ils, est une alternative crédible à la maison de retraite et au maintien à domicile, parfois des pis-aller après une vie professionnelle bien remplie.

« Je ne veux pas de la solitude de la vieillesse. Je veux me sentir utile à la société. »

« Les Coquelicots, c’est un beau projet, explique Monique Robin, future résidante. Mes enfants ont leur vie à faire et ils ne sont pas forcément près de moi. Veuve, je ne veux pas de la solitude de la vieillesse. Je veux me sentir utile à la société. Aux Coquelicots, nous serons une communauté de retraités assez nombreuse, ouverte sur la société et la vie du village. On pourra proposer du soutien scolaire ; on aura des jardins partagés, etc. »

Les résidants pourraient aussi nouer des liens avec le centre aéré et participer  à d’autres activités citoyennes.  » Ils ont pensé à tout, même à créer  une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), propriétaire de l’ensemble. Tous les résidants y habiteront exclusivement comme locataires. Pas question de s’embrouiller plus tard avec les difficultés de revente, d’héritage, etc.

Le hameau des Coquelicots poussera près des commerces, services publics, et des transports en commun. Et d’une maison de retraite avec qui on tissera des liens. » Pour se faire, une quinzaine de retraités se sont constitués en association. « Cela crée une étonnante dynamique« , relate Sylvie Maugis, vidéaste de métier, qui les aide à réaliser un livre sur cette épopée-expérience. « C’est un projet innovant, ajoute-t-elle, qui aura valeur d’exemple et ouvrira de nouvelles perspectives sur une meilleure qualité de fin de vie, permettra de retarder l’hospitalisation et créera des emplois de services à la personne, kiné, infirmière, livreur etc. L’association est, par ailleurs, très active au sein de la vie de la commune. »

Maryvonne Chevallier, l’initiatrice des Coquelicots, près de Lodève

Maryvonne Chevallier a travaillé, comme masseur-kinésithérapeute en maisons de retraite et dans des services de long séjour, où « j’ai accompagné de nombreuses personnes âgées jusqu’au terme de leur vie. Très vite, j’ai été surprise par leur regard vide » rythmé par peu de choses. Ensuite, « installée en libéral à la campagne, j’ai soigné des personnes totalement seules et j’ai constaté que leur isolement les conduisait à la dépendance. J’ai aussi eu des patients en maison de retraite où je n’irai jamais… Les Coquelicots, c’est un projet stimulant pour l’esprit ! »

Maryvonne a « réfléchi pendant sept ans où j’aimerai vivre ma retraite, même si ma maison actuelle est confortable. J’ai imaginé des petites maisons individuelles avec des lieux collectifs, où nous pourrions à plusieurs, vivre en proximité, en nous aidant mutuellement, en nous stimulant par des activités communes, et en partageant des temps de convivialité, afin de vivre un vieillissement le plus harmonieusement possible. Lieu pour vaincre l’isolement et être le plus longtemps possible… »

« Possiblement une première nationale »

« Si chacun devait se financer seul sa maison, ce serait impossible : les banques ne prêtent pas à de retraités qui gagnent parfois à peine 850 euros mensuels. Mais, tous ensemble, c’est possible. Notre projet est très avancé, confie Maryvonne Chevallier. C’est le seul habitat de ce genre à ma connaissance. Le coût global est de 2,9 millions d’euros ; les maisons qui disposeront d’un cellier et d’une terrasse, seront louées 520 euros/mois. C’est nettement moins cher qu’une place en maison de retraite (2000 euros en moyenne) et incomparablement plus agréable, si l’on est autonome. » Il est aussi prévu de bâtir une cuisine pour les repas en commun des résidants et de leur famille, une salle de soins pour recevoir médecin, infirmière, trois chambres de passage, dont une adaptée au handicap, pour recevoir proches des résidants ou qui pourraient être louées à des randonneurs, touristes, séminaristes…

« Le Coquelicot est une fleur éphémère (…) mais elle est belle, pousse n’importe où. Et elle est heureuse »

Le maire de Soubès, croit au projet. José Pozzo dit : « C’est innovant et c’est possiblement une première nationale ! » La Carsat (1) aussi qui a prêté 1,5 million d’euros à taux zéro. « Il ne reste qu’à contracter un prêt spécial, dit PLS, auprès d’une banque. « On en a vu deux », confie encore Maryvonne, toujours confiante, même si là aussi c’est une première : « Seuls les organismes HLM peuvent le demander… » Mais l’espoir les guide. Car, conclut Maryvonne,, « le coquelicot est une fleur éphémère mais elle est belle, pousse n’importe où. Et elle est heureuse… »

Olivier SCHLAMA 
(1) La Carsat (Caisse nationale de l’assurance vieillesse des travailleurs salariés) fait savoir qu’elle dispose d’une enveloppe de 13 millions d’euros  pour soutenir des projets d’action sociale dont environ 3,9 millions réservés pour le développement du type de structure des Coquelicots. Cette enveloppe sert entre autres à financer les prêts à taux zéro comme celui dont a bénéficié les Coquelicots.
Pour comprendre les motivations du projet quand celui-ci devait se faire à Saint-André-de-Sangonis : https://youtu.be/_JxwuaHaA_8