Grande vitesse : coup d’accélérateur en coulisses

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Malgré la polémique et le coup de frein financier de la Région, la fameuse gare de la Mogere à Montpellier, pivot du projet, pourrait se faire à vitesse express ! Révélations.

La grande vitesse n’a pas desserré son frein. La présidente de région le reconnaît : « La grande vitesse entre Montpellier et Perpignan et entre Bordeaux et Toulouse est indispensable« . Parallèlement, Carole Delga « connaît trop l’exaspération des habitants sur les trains du quotidien ».

A la suite des états généraux du rail, elle rappelle, chez nos confrères de la Dépêche, son engagement concernant le rail : « Dix chantiers en quinze ans avec 15 milliards dont 4 millions d’euros en investissement. Nous allons investir dans les gares, les nouvelles lignes. Je serai très exigeante avec la SNCF pour la prochaine convention (233 millions d’euros pour 2016 sur le réseau Occitanie) avec des sanctions financières en cas de non ponctualité et de manque de propreté des trains. Nous allons aussi investir dans les trains d’équilibre du territoire, l’Aubrac, le Cevenol, etc. Nous aurons une nouvelle tarification sociale d’ici fin 2017 pour ceux qui prennent quotidiennement le train. »

Quant au train à 1 euro, créé sous le mandat de feu le président Bourquin limité actuellement par quota et au seul ex-Languedoc-Roussillon, son extension à toute l’ Occitanie est-elle d’actualité ? « Le train à 1 euro, c’est pour de déplacements occasionnels. Nous n’avons pas encore décidé quelles lignes seront concernées. Le trains à 1 euro, c’est intéressant car ça peut redonner goût au train à tarif attractif. »

« Seulement quatre trains par jour » à la gare de la Mogère

Elle compte se hâter lentement en mettant en oeuvre la théorie des petits pas. La grande vitesse entre Montpellier et Perpignan, renvoyée aux calendes grecques, pourrait finalement se faire par petits bouts. Carole Delga évoque la possibilité d’une première phase entre Montpellier et Béziers ce qui permettra de gagner 18 minutes entre Toulouse et Montpellier.

Sur la gare polémique de la Mogère, à Montpellier, Delga considère qu’avec « seulement quatre trains par jour, la SNCF ne remplit pas son contrat« . Elle a d’ailleurs annoncé qu’elle bloquait sa participation financière à cette gare.

Et puis, elle veut aller vite. Car, sans le dire, les deux métropoles se livrent à une course contre la montre. Le développement économique et l’équilibre du territoire sont en jeu. Et son leadership.

Toulouse, elle, passe, en tout cas, à la vitesse supérieure, in petto. Certes, le premier coup de pioche est encore loin d’être donné mais d’ici cet été, le TGV arrivera à Bordeaux. « Toulouse sera alors à 4 h de Paris, soit 1h20 de trajet en moins », souligne avec fierté Jean-Luc Moudenc qui lance tout un programme de travaux, dont le réaménagement du parvis de la gare Matabiau…  »

Toulouse, même avec une ligne à grande vitesse à cinq milliards d’euros et des recours qui vont probablement ralentir le projet, ne se hâte pas lentement… pour permettre à Toulouse de se rapprocher de Paris en 3 heures d’ici 2024… L’important, c’est que le tronçon Montpellier-Béziers soit réalisé avant Poitiers-Limoges.

OLIVIER SCHLAMA


« La Mogère se fera avec ou sans la Région… »

Le contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier (CNM) est une liaison ferroviaire mixte, frêt-voyageurs. Sa construction, qui permettra de relier Montpellier à Paris en moins de 3 heures, a débuté fin 2013.

Son coût : 2,3 milliards d’euros dont 147 millions d’euros (avec rallongement tramway) rien que pour la gare de la Mogère à Montpellier, Carole Delga ayant mis la participation financière de la Région (32 ME) entre parenthèses.

La raison : un coup de canif dans le contrat, le trafic annoncé serait trop faible (quatre trains par jour). Sa mise en service est prévue en 2018. Cette ligne est censée répondre à la saturation de la ligne actuelle. Mais aussi à en améliorer la sécurité, libérer de la pace sur le rail pour augmenter la fréquence des trains du quotidien (TER).

« Cette ligne à grande vitesse a une incidence directe sur les trains du quotidien, les TER. D’abord, la ligne qui traverse l’ex-Languedoc-Roussillon est saturée. Aux heures de pointe, ça ne passe plus sur la ligne classique… En déplaçant le frêt sur la Mogère, on gagne 30% de place pour les TER. Du coup, on passera de deux ou trois TER aux heures de pointe (7/9H et 16/19H à quatre trains par heure. C’est à dire un train tous les quart d’heure entre Lunel et Sète ! »

Ce projet améliorera aussi la fiabilité et la robustesse de la ligne : certains trains qui transportent des matériaux dangereux traversent quotidiennement des centre-ville. Ce sont des bombes sur rails. « Quand il y a un incident le matin, tous les horaires sont impactés toute la journée. Avec CNM, on aura une ligne de délestage pour gérer ce genre de problème.  »

« Mettre des trains sur les rails rapportent des sous à tout le monde »

« La gare de la Mogère se fera avec ou sans l’argent de la région, soutient un proche de ce dossier brûlant. C’est trop important pour la région. » Cette même source complète : « On la fera et on traitera ensuite les problèmes de financement. Cette ligne s’inscrit dans une vraie logique de corridor européen. Du Nord au Sud de l’Europe. De Londres, Amsterdam, Paris, Perpignan, Barcelone, Madrid… Or, Montpellier-Perpignan, qui n’est pas financée, ne peut pas rester ad vitam le chaînon manquant ! La Mogère se fera. Même si la Région ne débloque pas sa participation, la SNCF fera les travaux. Il faut faire cette gare comme celle de Manduel par anticipation. »

Les raisons de ce retard selon lui ? « La crise économique a plombé le projet ayant aussi entraîné la baisse du trafic frêt et aussi celle des voyageurs. Or, le projet tenait compte du contraire. » Et depuis « face à nous l’avion se développe… » C’est la raison du lancement d’un forfait TGV illimité pour les jeunes et pour lutter contre les « cars Macron ».

Le tronçon Perpignan-Figueras, ouvert en 2009, est bien seul… Depuis, Etat et SNCF cherchent à optimiser les coûts. C’est pour cela que le TGV à étage sont légion et que l’on accroche le plus souvent possible deux TGV ensemble. On passe de 250 à 800 voyageurs embarqués dans le même horaire. C’est aussi pour cela aussi que l’on a supprimé certaines circulations de trains avec la capitale, entre autres. » L’enquête publique misait sur 11 trains par jour à la Mogère. L’idée est de retarder un peu la livraison de la Mogère pour attendre que Manduel soit réalisée. Au final, en vitesse de croisière, il y aura au moins 28 trains par jour à la Mogère (14 dans chaque sens). A ce jour, certes, on ne prévoit que quatre trains par jour à la Mogère mais jamais dans l’accord avec les partenaires financiers SNCF Réseau ne s’est avancé sur aucun chiffre… Et cette ligne nouvelle garde toute sa légitimité. Dans dix ans, tout le monde aura oublié la polémique et on sera fier de cette nouvelle ligne. » Et d’ajouter : « Mettre des trains sur les rails rapportent des sous à tout le monde. Tout le monde a donc intérêt à ce que ce projet se fasse. »

OLIVIER SCHLAMA