De la grande surface à l’aide à domicile

Exemples de réussite avec le Relais familial dans l’Hérault, Ethiquable dans le Gers et Le Clos du Nid, premier employeur de Lozère.

En juin 2015, après 18 ans dans la grande distribution, Jean-Christophe Peyronnel  a un déclic. Il veut « donner du sens à son travail et faire grandir les gens ». Ses questions existentielles pour lui et ses futurs salariés sont les mêmes : « Où va-t-on ? Pourquoi et comment ? » Il reprend alors les rênes d’une très discrète association, mal en point, le Relais familial (80 salariés, 1,5 million d’euros de budget, sans aide), basée à Sète (Hérault), proposant notamment femmes de ménage, aides à domicile, aide aux repas et aux courses, aide-soignants et même soins à domicile. « Nous accompagnons 240 clients par an », explique-t-il.

Grâce à une gestion de « bon père de famille », il est sur le point de redresser les comptes. « On est encore en déficit mais, 2017 sera l’année du rééquilibrage », livre Jean-Christophe Peyronnel. Il a qu’une idée en tête : la professionnalisation des métiers du social. « L’économie sociale et solidaire, le Relais, géré par une association type 1901, y est inclus par définition. Mais le plus important, c’est que je m’en réclame et que je me réclame de ses valeurs. »

« Personne ne prend des risques juste pour gagner de l’argent »

Il est même en phase de recrutement. « Il faut d’indéniables valeurs humaines pour postuler, souligne-t-il. Et on n’y vient pas forcément pour un gros salaire », dit celui qui consacre 2% de la masse salariale à la formation, soit deux fois plus que dans le privé. La demande sociale « explose ». Le Relais veut l’accompagner. « Nous sommes sollicités par des associations spécialisées dans l’autisme, les maladies dégénératives… », dit-il dans un grand sourire.

Dirigeants-fondateurs d’Ethiquable (Stéphane Comar, Christophe Eberhart & Rémi Roux), Paris, 30.05.2012

Remi Roux aussi a le sourire. Depuis sa SCOOP Ethiquable, spécialisée dans le commerce alimentaire équitable, basée à Fleurance dans le Gers, il se revendique fièrement « dernière boîte indépendante de son secteur. Tous nos concurrents ont été rachetés ». Pour lui, l’économie sociale est d’abord citoyenne : « Ces entreprises-là sont plus pérennes ; certaines ont plus d’un demi-siècle. De plus, elles ne peuvent pas se faire racheter. Certaines peuvent couler, c’est vrai. Mais plutôt moins souvent que dans le secteur privé. Pourquoi ? C’est un outil commun ! Et même si on investit, personne ne prend des risques juste pour gagner de l’argent. « 

« C’est utile ! »

Sébastien Pommier ne dit pas autre chose. Directeur général d’une association, le Clos du Nid qui gère 31 établissements pour personnes handicapées en Lozère depuis le siège à Marvejols. Avec 1600 salariés, c’est le premier employeurs du  département. Il avance une autre raison à la réussite de l’ESS  : « C’est utile ! Ce secteur répond aux besoins auxquels d’autres ne répondent pas, défend-t-il. Ce n’est pas un secteur de seconde zone.  Nous faisons le même métier que d’autres mais nous avons des patrons bénévoles. Et ça change tout : ils ne le font pas pour l’argent. Mais pour l’intérêt collectif… »

Olivier SCHLAMA