Carole Delga : « Cap sur l’innovation touristique ! »

Carole Delga. Photo : O.SC.

La présidente de Région en est consciente : Airbnb « bouscule » le marché du tourisme. La pratique peut parfois « s’apparenter à de la concurrence déloyale pour les hôteliers ». Mais elle veut concentrer son action  sur un plan d’action, comme réinvestir les appartements vides occupés moins de quatre semaines par an. »Je vais prendre des initiatives pour inciter les propriétaires à remettre ces hébergements sur le marché », confie-t-elle à Dis-leur ! « Lutter contre les lits froids en station de montagne et de littoral représente un enjeu économique, beaucoup plus préoccupant qu’Airbnb ».

AirBnB revendique plus de 400 millions d’euros d’impact économique répartis dans 1 700 villes et villages en Occitanie. Pour nombre d’hôteliers et autres professionnels du tourisme Airbnb révolutionne le tourisme et risque de déséquilibrer un pan majeur de l’économie. Faut-il davantage de contrôle ? La loi, récente, autorise les communes de plus de 200 000 habitants à demander aux loueurs occasionnels à s’auto-déclarer en mairie. Est-ce une bonne chose ?

Un mot d’abord pour rappeler que l’économie touristique représente en Occitanie-Pyrénées-Méditerranée 108 000 emplois et 14 milliards d’euros de consommation touristique par an, soit 10 % du PIB régional. Notre région est aussi la 1ère pour la fréquentation touristique des français.
Il s’agit donc d’un pilier de notre économie que je souhaite encore renforcer. Nous avons de nombreux atouts à valoriser : nos montagnes, notre littoral, les nombreux sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, bien-sûr, notre patrimoine culturel et gastronomique, mais aussi des projets plus innovants et j’espère, bientôt, un parc de loisirs. En accompagnant au mieux les acteurs du secteur, nous pourrons attirer encore de nouvelles clientèles.
Concernant précisément l’hébergement, nous enregistrons chaque année 154 millions de nuitées de la part de la clientèle française et 58 millions de nuitées de la clientèle étrangère. Le marché est donc très important. Airbnb fait partie des nouvelles offres qui émergent et qui peuvent bousculer le marché traditionnel. C’est à nous d’étudier au mieux le changement de pratiques des touristes pour nous adapter à leurs demandes. Dans le cadre de la concertation que nous avons lancé autour du Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs un des thèmes sur lequel nous avons travaillé était : « Comment favoriser l’innovation dans les hébergements touristiques ? ».
Nous avons donc bien conscience de cette problématique.

Carole Delga lors de l’inauguration du quai H, au port commerce de Sète en octobre 2016. Photo : DR.

Je veux m’attaquer aux « lits froids » qui sont des logements rarement occupés par leurs propriétaires, qui ne sont pas proposés à la location, ou, quand ils le sont, ne trouvent pas de locataires : en d’autres termes ce sont des appartements vides occupés moins de quatre semaines par an. Chaque lit inoccupé durant l’hiver signifie un touriste de moins. Je vais prendre des initiatives pour inciter les propriétaires à remettre ces hébergements sur le marché. Lutter contre les lits froids en station de montagne et de littoral représente un enjeu économique, beaucoup plus préoccupant qu’Airbnb.
Par ailleurs, nous accompagnons depuis de nombreuses années, et nous poursuivrons dans ce sens, l’hôtellerie traditionnelle et de plein air, pour la montée en gamme des établissements notamment. Il nous faut poursuivre ce soutien, en l’adaptant aux évolutions du marché.
Airbnb peut être utile là où il y a une carence d’offre d’hébergement, mais il peut aussi être une professionnalisation déguisée et s’apparenter à de la concurrence déloyale pour les hôteliers, les chambres d’hôtes, les gites qui représentent une offre complémentaire. C’est tout le problème. Je plaide pour un travail avec l’ensemble des acteurs sur ce sujet.
C’est pourquoi, nous avons engagé depuis décembre dernier une grande concertation avec les acteurs de terrain, pour élaborer un nouveau schéma régional dédié au tourisme et aux loisirs, tenant compte des besoins et évolutions du secteur.

Vous avez affirmé vouloir que la région Occitanie soit dans le top 10 des destinations touristiques Europe ? Comme allez-vous vous y prendre ? Quel est votre plan ?

L’objectif de notre stratégie touristique est d’installer Occitanie-Pyrénées-Méditerranée dans le top 10 des destinations touristiques européennes à l’horizon 2021. Il nous faut gagner 4 millions de nuitées touristiques en 5 ans.
Notre destination devra construire sa nouvelle identité pour devenir une référence tant pour les habitants que les clientèles françaises et internationales : en développant les activités de loisirs culturelles, sportives et avec des offres de séjour performantes, en développant l’attractivité des territoires, en menant une action sur les marchés avec une démarche marketing audacieuse, en développant la notoriété de la destination, et en travaillant avec des opérateurs leaders.
Il s’agit de gagner des parts de marchés notamment à l’international, des nuitées marchandes et des emplois, cibler des stratégies et des projets dont l’ambition et l’intérêt seront régionaux et favoriser la coordination des acteurs, la performance des entreprises et le bien être des habitants. Il est donc nécessaire de développer une vision industrielle et moderne du tourisme. C’est ainsi que le tourisme régional trouvera sa place dans la concurrence mondiale et ses entreprises des leviers de croissance.
C’est l’enjeu de notre futur Schéma régional, dont le leitmotiv est : Cap sur l’innovation touristique !.
S’agissant d’entreprises du tourisme, ces innovations porteront le plus fréquemment sur des « innovations de service ». La mobilisation du marketing et de l’organisation comme levier d’innovation sera donc au moins aussi importante que la technologie.
La Région dispose aujourd’hui, grâce aux différentes politiques d’aménagement notamment, de champions européens de ports de plaisance, du tourisme patrimonial ou de l’hôtellerie de plein air. Ces exemples montrent que la Région a l’innovation et la création de l’excellence dans son ADN. Dans ce contexte, l’ensemble des acteurs du tourisme doivent pouvoir envisager le monde comme le terrain d’expression des richesses et de la capacité d’innovation régionale.
Pour conclure sur ce point, un chiffre témoigne de notre ambition en faveur du secteur : nous accompagnons cette année les acteurs du tourisme avec un budget ambitieux de 37 M€.

Vous organisez en juin des états généraux du tourisme auprès des 13 départements de l’Occitanie. Pour quelle raison ?

Nous avons la responsabilité de définir le Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs, qui porte tout à la fois notre ambition pour le développement du tourisme et notre plan d’action pour y parvenir.
Ma méthode est la même que celle mise en œuvre pour la définition de nos schémas liés à l’économie et l’innovation, à la recherche et l’enseignement supérieur, et à la formation professionnelle : faire remonter du terrain les besoins pour adapter au mieux nos politiques et établir des dispositifs sur-mesure et innovants. 
La concertation a été territoriale avec 13 rencontres dans les 13 départements, de novembre à avril. Nous avons conduit 18 ateliers participatifs de co-construction, en mars dernier, avec les entreprises touristiques. Nous avons également consulté en mars, notre Assemblée des territoires, et en mai la Conférence territoriale de l’action publique.

Carole Delga. Photo : O.SC.

C’est Jean-Louis Guilhaumon, vice-président de la Région en charge du tourisme et du thermalisme, qui a donc conduit ces consultations.
Nous organisons donc une restitution de ces concertations le 26 juin prochain, à Toulouse avec les 1ères Assises régionales du tourisme et des loisirs : Cap sur l’innovation touristique ! Nous y attendons 1 300 acteurs du tourisme, de tout le territoire régional. Je leur présenterai notre feuille de route, qui émane des besoins exprimés.
Quelques jours après, le Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs sera adopté par la Région, pour la mise en œuvre de nouveaux dispositifs dès juillet.

Le tourisme dans la région donne l’air de « ronronner ». Comment faire pour le réenchanter ? Quelles sont les pistes d’innovation dans ce domaine ?

Comme je le disais, nous avons mis le cap sur l’innovation touristique.
Avec toutes les initiatives que nous avons prises depuis l’année dernière et notre prochain Schéma dédié au tourisme, qui se veut résolument innovant et ambitieux, je ne pense pas que le secteur « ronronnera ».
Nous organiserons d’ici la fin de l’année un « campus de l’innovation touristique » afin d’offrir aux professionnels un rendez-vous pour leur permettre d’innover au sens large.
Je crois en leur capacité d’innovation et en leur créativité.
Un autre projet qui me tient à cœur et qui permettrait à la région d’attirer de nouvelles clientèles : la création d’un parc de loisirs. J’ai souhaité en effet lancer une réflexion, en début d’année, autour de l’implantation d’un parc. Nous avons recensé les projets existants en région, rencontré les opérateurs de parcs en France et en Europe.
Les parcs de loisirs génèrent une activité économique immédiate sur le territoire, source de retombées, de consommations et d’investissements, voire de développement d’activités connexes. Ils sont de réels vecteurs d’emplois locaux non délocalisables, directs ou indirects. Ils concourent également indéniablement à l’aménagement du territoire sur lequel ils trouvent à s’implanter. Pour 1 euro investi dans un parc d’attraction, on évalue à 3,5 euros les retombées économiques. Et un emploi permanent génère de 1 à 3 emplois saisonniers.
Notre territoire a de nombreux atouts pour accueillir un parc de loisirs et je défendrai ce projet.
Je veux faire du tourisme un levier de croissance et d’attractivité pour notre territoire !

Propos recueillis par Olivier SCHLAMA