Canicule : Merci la Méditerranée !

L'ex-Languedoc-Roussillon ne devrait pas subir de canicule cet été. Photo : MaxPPP, Dominique Quet.

La situation est atypique. Alors que l’alerte canicule concerne désormais 67 départements, au moins jusqu’à vendredi, et que Toulouse étouffe, les départements de l’ex-Languedoc-Roussillon, Hérault en tête, semblent protégés, en tout cas momentanément, du risque grâce à la présence de la Méditerranée, régulateur thermique. Même si selon Météo France, on devrait approcher de très près ces seuils ces prochains jours. De la même façon, selon le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière) de Toulouse, l’eau ne devrait pas manquer cet été en Occitanie même si les nappes ne sont pas convenablement rechargées cet hiver. Le point.

Mourir de chaud, en bonne santé, pour un tiers de la population mondiale est une probabilité qui n’est pas à exclure. C’est le résultat assommant d’une étude mondiale qui fait… froid dans le dos, publiée lundi dans la célèbre revue Nature Climate Change. Si ce danger guette donc un Terrien sur trois ; la proportion pourrait grimper à trois sur quatre d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à ce rythme et si la température mondiale ne baisse pas en moyenne d’au moins 1 degré…

Cette étude tombe alors qu’une bonne partie de la France est placée en vigilance orange canicule. Une bonne partie mais pas toute :  malgré un premier pic de chaleur foudroyante la semaine dernière et un second qui s’annonce à partir de ce jeudi, l’ex-Languedoc-Roussillon ne devrait pas connaître de redoutée canicule à proprement parler. On respire !

La mer est un régulateur thermique. Photo : MaxPPP, Dominique Quet.

Même si durant ces journées éprouvantes, les instituteurs ont dû, dans certaines écoles transformées en fours, asperger régulièrement les enfants d’eau et intimer l’ordre aux parents de leur fournir une casquette obligatoire dans le cartable, l’ex-Languedoc-Roussillon est passé entre les gouttes. Certes, les pics de chaleur se succèdent – on n’a jamais connu depuis que Météo France fait des relevés, il y a un siècle, pareilles températures pour un solstice d’été en France- mais la région, elle, devrait s’épargner une canicule cet été. C’est ce qu’a prévu Météo France. Prévisionniste, Roland Mazurie, explique ce qu’est le concept de canicule, très réglementé : « Il faut dépasser au moins trois jours et trois nuits consécutifs une certaine température : cela va de 34 degrés à 36 degrés la journée et de 20 degrés à 22 degrés la nuit. Le dépassement de ces seuils doit se produire simultanément. » Et ces seuils varient en fonction des départements. « A la station de Montpellier, par exemple, les seuils mini et maxi ont été fixés à 22 degrés et 35 degrés. Ce qui est rare dans cette station. Ce n’est pas calculé in situ pour d’autres territoires différents comme Lodève, Aniane ou Pézenas, seulement pour Montpellier-Fréjorgues censé être représentatif de l’ensemble de la situation l’Hérault. »

« Cela peut se jouer à peu de choses »

« C’est pour ces raisons qu’à Montpellier, par exemple, malgré des températures parfois subsahariennes de la semaine passée, la vigilance orange n’a pas été déclenchée. Cela peut se jouer à peu de choses », confie le météorologue. Il poursuit : « Mardi, alors qu’une bonne partie du pays était en surchauffe, nos départements de l’ex-Languedoc-Roussillon flirtaient avec des températures moindres, de l’ordre de 30 degrés à 32 degrés voire 27 à 28 degrés sur les bords de la Méditerranée. » C’est la bonne nouvelle, finalement séculaire : la mer étant un régulateur thermique, vivre à proximité protège des risques caniculaires surtout quand le vent ne remonte pas d’Espagne mais du Maghreb, se refroidissant au contact de la Méditerranée, comme c’est le cas depuis mardi.

« Ces jeudi et vendredi, dans l’ex-Languedoc-Roussillon,  on devrait tangenter les seuils de canicule, sans les atteindre », confie encore le météorologue. Celui-c-i s’attend donc à un nouveau pic de chaleur jusqu’à lundi, jour à partir duquel on devrait retrouver des températures plus en rapport avec le calendrier. « Pour l’instant, les prévisions saisonnières, qui donnaient des pics de chaleur mi-juin et début juillet, sont respectées pour ce début d’été. Si elles le sont toujours, on devrait retrouver des températures proches de la normale de saison et il n’y aura pas spécialement de canicule, si les prévisions se vérifient. »

On ne devrait pas manquer d’eau

On est heureusement  loin de l’été 2013, abruti par une canicule européenne dévastatrice qui avait débuté, dans la région, le 13 juin – après un printemps déjà fortement estival- pour s’échapper plus de deux mois plus tard. Un triste record qui avait fait passer de vie à trépas 15 000 personnes. Ce qui n’enlève en rien la vulnérabilité de plus en plus générale de la population mondiale face au réchauffement climatique, notamment l’hypertermie et le manque d’eau. Sans parler de la hausse du niveau des mers.

De la même façon que pour la canicule, les instituts de surveillance ne sonnent pas l’hallali dans la région. On ne devrait donc pas manquer d’eau, en tout cas dans l’ex-Languedoc-Roussillon. Comme l’explique Pierre Le Cointe. Hydrogéologue au BRGM (Bureau de recherche géologique et minière) de Toulouse : « La zone d’eaux de surface d’Adour-Garonne, qui alimente notamment Toulouse, ne s’est pas assez rechargée cet hiver. On est donc à des niveaux modérément bas. On est en vigilance à cause des recharges des nappe phréatiques insuffisantes cet hiver, pas en alerte. Comme pour l’Ariège, le Tarn et l’Aveyron. De la même façon, sur les six grands ensembles aquifères d’Occitanie, les nappes sont à des niveaux modérement bas. » Même si çà ou là, localement, il y a des arrêtés de restriction d’eau (pour les industries, les particuliers ou les agriculteurs), cela reste pour l’instant marginal. Le préfet de Haute-Garonne est le seul à anticiper une possible sécheresse (1).

« Seul, le sous-bassin En Guibaud qui appartient le bassin versant du Tarn et le bassin de l’Hers-Vif, un affluent de l’Ariège qui va jusque dans l’Aude, sont en crise depuis le 7 juin », confie encore Pierre Le Cointe mais cela n’a rien d’exceptionnel, relative-t-il. Ce n’est, pour l’instant, pas une année exceptionnellement basse en eau. Nous surveillons cependant le niveau des eaux souterraines au cas où. »

Olivier SCHLAMA

Le site Propluvia recense les arrêtés de restriction d’eau : http://propluvia.developpement-durable.gouv.fr/propluvia/faces/index.jsp

(1) Cet après-midi, le préfet de Haute-Garonne a renforcé les mesures de restriction sur le bassin de l’Hers-Vif et a décidé des premières restrictions sur le Tescou. Depuis la fin de l’étiage de 2016, le déficit pluviométrique est important en Haute-Garonne et dans les départements voisins. Lors du troisième comité de vigilance eau réuni le 15 juin 2017, le préfet de la Haute-Garonne a pris un arrêté de restriction à hauteur de 25 % des prélèvements sur l’Hers-Vif, affluent de l’Ariège. La situation hydrologique de ce cours d’eau s’est dégradée depuis en franchissant le deuxième seuil de crise.
Dans ce contexte, un renforcement des restrictions pour l’usage agricole à 50 % sera appliquée sur les prélèvements de ce tronçon à compter de ce mercredi 21 juin. Par ailleurs, le Tescou, affluent du Tarn vient également de franchir son premier seuil de crise, ce qui a conduit le préfet du Tarn, coordonnateur de ce sous-bassin, à prendre une restriction à 50 % des prélèvements agricoles sur ce cours d’eau. En cohérence avec ces décisions, un arrêté a été pris pour appliquer dès ce mercredi ces restrictions sur le département de la Haute-Garonne.
Le préfet de la Haute-Garonne appelle les différents acteurs à poursuivre les démarches engagées pour réaliser des économies d’eau et anticiper les situations de crise. L’ensemble de la population est également appelée à adopter des pratiques économes pour une utilisation raisonnée et vertueuse de la ressource en eau. Il recommande ainsi d’éviter d’arroser les potagers et les jardins entre 8 h et 20 h ; -de limiter le lavage des véhicules, d’éviter le remplissage et la mise à niveau des piscines diurnes.
– Par ailleurs, Voies navigable de France (VNF) qui gère la canal du Midi rappelle « que la baignade, dans les canaux, les rivières domaniales et leurs dépendances est strictement interdite en dehors des plans d’eau réservés et autorisés à cet effet. VNF recommande aux usagers de se rapprocher des communes pour connaître les zones et plans d’eau autorisés à la baignade. En dehors de ces zones autorisées, les dangers et risques de noyade sont réels et souvent méconnus, notamment en raison du trafic fluvial, des courants et de la manœuvre des ouvrages (barrages, écluses…) pouvant générer des mouvements d’eau importants.