Bouchons : comment décongestionner les métropoles occitanes

Un téléphérique pour remédier aux bouchons à Toulouse Un téléphérique est envisagé à Toulouse.

Métro, bus du 21e siècle, téléphérique… Toulouse veut mobiliser quatre milliards d’euros. Et, à Montpellier comme dans la Ville Rose, on fait assaut d’imagination pour décongestionner les routes. Désormais, la problématique des déplacements urbains est prise à bras le corps.

Les bouchons se prêtent admirablement aux équations. Le spécialiste américain du trafic, Inrix, affirme ainsi que les Toulousains ont patienté exactement 23,7 heures dans leur voiture en 2016. Contre 65 heures à Paris, ville la plus embouteillée de France et 9e la plus asphyxiée au monde, suivie par Marseille. Montpellier ? On y roule avec plus de 18 heures par an englué sur l’asphalte. Et la voiture volante, présentée par Airbus au salon de l’Auto de Genève, n’est pas pour demain…

Dans les autres grandes villes, on perd son temps à vouloir se déplacer en voiture, parfois à cause d’une absence de solution alternative. Au final, la France se classe 25e sur 38 pays passés à la loupe. En France et en Occitanie, on a encore de la marge au regard de l’invivable Thaïlande, championne du sur-place (61 heures, soit deux jours et demi !). La capitale régionale ne compte pas en arriver à cette impasse. La preuve ? Un vaste plan de déplacement urbain va mobiliser pas moins de quatre milliards d’euros !

Plan le plus ambitieux

« C’est le plan le plus ambitieux de tout le pays, hors Ile de France », s’enorgueillit Jean-Michel Lattes, vice-président de la métropole toulousaine et 1er adjoint de la Ville Rose. Pour lutter contre ses légendaires embolies, Toulouse met les mains dans le cambouis. Au programme : une 3e ligne de métro, un réseau de bus à haute qualité de service, etc. Et même un téléphérique…! L’enquête publique sur le PDU (plan de déplacement urbain), qui fixe les grands projets structurants et demande l’avis des habitants, s’ouvrira cet été.

« Nous avons décidé de nous attaquer principalement aux liaisons domicile-travail. Notre projet, précise Jean-Michel Lattes, est très ciblé : ce sont les bouchons de 8h le matin et de 18h le soir. Le déclic s’est vraiment produit quand on a compris que l’on allait dans le mur avec une croissance de + 15000 habitants chaque année. Cette croissance démographique, l’une des plus fortes de France. En tout cas, ajoute-t-il avec malice, au départ, c’était le scepticisme général. On nous avait pris presque pour des fous. Aujourd’hui, au sortir d’un grand débat public, 72% des métropolitains sont favorables à ce plan. L’adhésion l’a emporté sur les clivages. » Le vice-président de la Métropole toulousaine l’explique par la capacité de l’équipe au pouvoir d’avoir su « co-construire » le projet, d’intégrer les problématiques de chaque commune concernée au projet global.

Inquiets de la qualité de l’air

Ce n’est pas tout à fait la lecture du président du groupe EELV d’opposition en mairie. Pour Antoine Maurice, « le problème de ce plan, c’est qu’il supprime des projets de transports en commun performants pour ajouter une hypothétique 3e ligne de métro. Car, il y a une polémique puissante sur la sous-évaluation des coûts et sur le fait que le budget n’est en rien bouclé. Nous nous avons fait une contre-proposition avec le prolongement du tramway, de vrais bus à haut niveau de service et non pas des bus « Linéo » qui ne sont pas aussi performants en termes de fréquences, de priorité, etc. et qui ne desserviront pas les communes limitrophes. Alors, certes, on n’est pas contre une 3e ligne mais la philosophie de ce plan de déplacement urbain proposé par la majorité, c’est qu’en plus il ne sera au mieux réalisé que dans dix ans. Pendant ce temps, les bouchons vont s’accentuer. Et nous sommes inquiets de l’évolution négative de la qualité de l’air. Nous préférerions un maillage de transports en commun beaucoup plus complet… »

La route encore longue malgré le doublement de l’A 9

Montpellier barguigne, elle, entre soulagement et inquiétude. Au  pied de la seconde métropole de la région, on espère que ce flux ininterrompu sur l’A9 va lever le pied. Que l’investissement en vaudra la chandelle. Passés les petits fours de l’inauguration vendredi 10 mars du doublement de l’A 9 – 780 millions d’euros, quatre ans de travaux – et de sa mise en service en avril, le mur quotidien de quelque 120 000 véhicules, dont une armée continue de poids lourds, va-t-il enfin s’étioler ? Chef de ce projet à la Dréal, Patrick Burté dit : « Il y avait un problème de sécurité important entre les conducteurs de camions au comportement disons « assoupis », qui font plusieurs centaines de kilomètres et le ceux qui vont, stressés, au travail dans le montpelliérain, au comportement plus « nerveux ». Coups de frein, coups d’accélérateur, changement intempestifs de voies… » Dans quelques semaines, ça en sera fini : ceux qui dépassent Montpellier resteront sur A 9, les autres emprunteront le nouveau boulevard urbain. Fifty-fifty. « Mais ça n’enlèvera malheureusement pas l’effet entonnoir aux échangeurs de sortie que l’on ne peut agrandir », explique Patrick Burté. La métropole cherche à développer parcs-relais, transports collectifs, covoiturage. Mais la route est encore longue.

Olivier SCHLAMA


 

  • L’aire urbaine de Toulouse comprend 453 communes pour 1,2 million d’habitants. Ce sont 3,8 millions de déplacements quotidiens à gérer dont 500 000 en transports en commun. Le PDU de Toulouse prévoit, via son syndicat mixte Tisséo,pour 2019 de doubler la capacité de la ligne A du métro jusqu’à 400 000 voyageurs/jour ;la création d’un téléphérique, d’ici 2020, pour relier les zones économiques ouest et sud, l’oncopôle, le CHU et l’Université. Il survolerait la Garonne, la colline de Pech-David et emporterait 7 000 voyageurs/jour. La métropole prévoit aussi de créer au total dix lignes de bus à haute qualité de services et une 3e ligne de métro capable de desservir 200000 habitants de Colombiers à Labège, et un emploi sur deux à terme. Mise en service : 2024. Coût : 2 milliards d’euros.
  • Le préfet de la région Occitanie, Pascal Mailhos, a réuni le 6 mars, à Toulouse élus et associations pour « partager un premier état des lieux des enjeux de la ligne SNCF  d’équilibre du territoire Bordeaux-Toulouse-Montpellier-Marseille, soit 700 km » sur laquelle circulent les anciens Corail. La seule transversale, un temps menacée de disparition car trop vieille, peu entretenue et non rentable, l’Etat veut les relancer en mieux relier les principaux grands pôles urbains du Sud de la France. En mettant sur la table 3,5 milliards d’euros.