Bande dessinée : Pierre Seron s’est envolé pour Eslapion

Les trois de Sète : Hervé Di Rosa, Philippe Gros, Philippe Mouret

Pierre Seron, auteur des « Petits Hommes » est décédé mercredi 24 mai, à l’âge de 75 ans. Installé dans le Gard, il était l’un des plus anciens collaborateurs vivants des éditions Dupuis et un sacré souvenir pour trois jeunes sétois fanas de BD…

C’était en 1973, quand le 9e Art se contentait joyeusement de s’appeler la BD… Trois jeunes Sétois rêvent de faire de la bande dessinée et décident de créer un « fanzine ». Ce sera Burps (sous-titré : le dépotoir de la BD), dont le premier numéro ne sortira, bien sur, jamais. Pourtant, ils ont eu le temps de contacter quelques auteurs et c’est l’un de leurs favoris qui a répondu…

Pierre Seron tout auréolé à leurs yeux d’une série fantastique : Les Petits Hommes. Et une aventure en particulier, qui portera le numéro 3 en albums (en 1975) : Les Guerriers du Passé. Un vrai rêve de gosses, surtout amateurs de maquettes de Spitfires et autres Stukas !

Il a fallu, en effet, envoyer des courriers aux « bons soins » du Journal de Spirou, avec l’espoir que l’auteur consente à répondre… ce qu’il fait, très gentiment, répondant à toutes les questions posées et offrant même un dessine inédit agrémenté d’un voeu adressé aux jeunes fans : son héros, Renaud, brandissant un biberon et souhaitant « Longue vie aux trois de Sète ! »

Les trois : Hervé Di Rosa, Philippe Gros et Philippe Mouret, n’ont pas oublié ce beau geste, encore moins aujourd’hui, au moment de souhaiter à Seron un bon voyage jusqu’à Eslapion, où l’attendent sans aucun doute tous les Petits Hommes !

Les petits Hommes, série vedette

Pierre Seron est né en Belgique, le 9 février 1942, à Chénée dans la province de Liège. Après des études aux Beaux-Arts de l’Institut Saint-Luc, en compagnie de ses futurs confrères Walthéry, Dany et Pleyers, il débute professionnellement sous le pseudonyme de Foal, en assistant Dino Attanasio sur Spaghetti et Modeste et Pompon,  Mittéï sur Indésirable Désiré et les décors de Ric Hochet, et Maurice Maréchal sur Prudence Petitpas.

Il se présente au Journal de Spirou en 1967 où il débute rapidement en illustrant un récit complet écrit par Victor Hubinon. Simultanément, il crée Les Petits hommes, dont le premier épisode, d’abord scénarisé par Yvan Delporte, est rapidement poursuivi par le journaliste Albert Desprechins.

Les premières planches de cette série sont réalisées dans un style personnel, qui sera peu à peu abandonné au profit d’un trait plus « franquinien », à la demande de l’éditeur Charles Dupuis. Desprechins cède rapidement la place à Mittéï – alias Hao – qui contribue largement au succès de la collection,  reprise en albums dès 1972.

Seron devient alors l’une des vedettes de l’hebdomadaire, où sa signature est omniprésente tout au long des années 1970. Son impressionnante productivité l’amène aussi à se diversifier, en créant à la même époque une série à gags, La famille Fohal, dans Pif-gadget, dont les éditions Soleil proposeront des albums sous le titre La famille Martin.

Bousculer les codes de la BD classique

Sans délaisser ses personnages-vedettes, il entame dès 1977 une nouvelle série pour Spirou, Aurore et Ulysse, rebaptisée plus tard Les Centaures. Les albums se succèdent à une cadence soutenue, n’empêchant pas le dessinateur de devenir peu à peu son propre scénariste.

Son goût prononcé pour l’expérimentation l’amène régulièrement à bousculer les codes de la bande dessinée classique, comme en témoignent le format horizontal des doubles-pages de La planète Ranxérox, les fonds noirs de Dans les griffes du seigneur, l’absence de couleurs dans Le trou blanc, ou encore un « cross-over » entre sa série et celle de Gos, Le Scrameustache.

En 1999, il lance Les Petites Femmes aux éditions Joker, une série de six albums coquins. Et en 2011, il publie le quarante-quatrième et ultime épisode des Petits Hommes, Eslapion 3, aux éditions Clair de lune, avec lequel il tire sa révérence de la profession dans un sous-titre nostalgique : « Je suis venu vous dire que nous partons… » Depuis près de 5 ans, Pierre Seron n’a plus jamais pu reprendre ses crayons. On lui dit au-revoir et.. merci, Monsieur !

Philippe MOURET