Athlètes de haut niveau : il y a (aussi) une vie après le sport

Eugénie Ricard, une championne de planche à voile "athléte SNCF"... Photo D.R.

« Je n’ai pas connu la « petite mort » qu’affrontent beaucoup de sportifs. Ma reconversion, je l’ai mûrie…

…Quand j’ai arrêté le basket, je suis devenu responsable administratif d’un club omnisport. Aujourd’hui, je suis inspecteur dans le secteur de l’assurance. Cela n’a rien à voir et je n’aurais jamais imaginé faire un tel métier ! » explique Benjamin Recoura, l’ancien basketteur professionnel de Roannes, Antibes ou Vanves…

Ce qui a changé le cours de sa carrière, c’est une rencontre. La rencontre avec « l’équipe d’Eva Roche qui a repéré mon profil sur LinkedIn… Grâce à elle, j’ai intégré cette entreprise qui recherchait les valeurs qui font la force du sport : la motivation, le dépassement de soi, la gagne », raconte l’ex-champion. Depuis 2014, le ministère des Sports a d’ailleurs fait de la reconversion des sportifs de haut niveau l’une de ses priorités avec notamment un programme d’actions dont un « Pacte de Performance » qui facilite l’insertion des athlètes en entreprises.

Chaque année, 3 000 athlètes arrêtent leur carrière

Comme Benjamin, chaque année, plus de 3 000 athlètes de haut niveau mettent fin à leur carrière sportive et doivent penser à une seconde vie professionnelle. Nombreux sont ceux qui n’ont pas anticipé cette reconversion ou qui ne sont pas armés pour préparer cet « après ». Or, à l’exception de quelques champions couverts d’or, pas question de retraite. Pour les champions, il s’agit d’abord d’une rupture, d’un « grand saut » dans l’inconnu, parfois risqué, quelques fois dangereux… C’est pourquoi plusieurs acteurs ont développé des dispositifs afin d’accompagner les sportifs vers une transition professionnelle.

Parmi eux, la startup Athlete-Avenue.com, basée à Montpellier, s’est fixée comme objectifs :

  • d’une part de permettre à des athlètes de se former à un métier et d’être recrutés,
  • d’autre part de proposer à des dirigeants le recrutement d’un salarié aux compétences transférables en entreprise (engagement, goût de l’effort, réussite, motivation, respect, loyauté, etc).
Eva Roche, fondatrice d’Athlete-Avenue.com. Photo D.R.

« Ces sportifs sont habitués à l’exigence des compétitions nationales et internationales. Ils possèdent des qualités humaines très recherchées dans le monde professionnel », insiste Eva Roche, la fondatrice d’Athlete-Avenue.com, elle-même vice-championne de France de kayak, reconvertie depuis presque 15 ans dans l’accompagnement des acteurs du sport. « Nous sommes des chasseurs de tête d’un nouveau genre, avec un outil innovant, poursuit-elle. Avec le site et notre savoir-faire, nous souhaitons trouver le bon sportif pour la bonne entreprise et aider à son intégration. »

L’agence revendique un vivier de contacts de 2 700 sportifs dont de nombreux champions olympiques comme la boxeuse Estelle Mossely reconvertie dans l’informatique, le danseur sur glace Gwendal Peizerat entrepreneur et musicien, ou encore Tony Estanguet (triple champion Olympique et triple champion du Monde de canoë) aujourd’hui très impliqué dans les instances sportives internationales, il est notamment co-président du Comité de candidature Paris 2024 pour les Jeux-Olympiques.

« La reconversion ne doit pas être vécue avec appréhension »

Eugénie Ricard …                                   Photo D.R.

« J’ai toujours mené de front le sport et mes études. J’ai un Master II d’école de commerce. Mais, trouver une entreprise qui m’offrirait un travail intéressant et me permettrait de continuer ma carrière n’était pas gagné ! Grâce au Collectif Shapers-Athletes-Avenue, j’ai pu intégrer le dispositif « Athlètes SNCF » où je suis détachée jusqu’à 50% de mon temps pour poursuivre ma carrière », explique Eugénie Ricard, triple championne de France de planche à voile, membre de l’équipe olympique, licenciée au club de Mauguio-Carnon (Hérault).

« Aujourd’hui, tout le monde parle de reconversion. Il faut avant tout trouver sa voie. Les joueurs, et notamment les jeunes, sont tellement absorbés par leur sport qu’ils n’ont pas le temps de s’essayer à d’autres métiers ou de poursuivre des études. Leur parler de reconversion est difficile. Ils doivent se projeter (…) Il faut tenter d’atteindre ses rêves, se faire plaisir. Le rugby n’est pas tout dans la vie. La reconversion ne doit pas être vécue avec appréhension. Elle signe le début d’une nouvelle vie », insiste de son côté Matthieu André, 2e ligne passé par le Stade Toulousain, Dax et le SC Albigeois, qui a créé sa propre entreprise en passant par l’accompagnement d’Opcalia-Promoteur de Compétences (95000 entreprises adhérentes), particulièrement actif auprès de l’univers du rugby.

Philippe MOURET